A midi précis, une batterie placée sur le quai d’Orsay a tiré plusieurs salves et le cortège s’est mis en marche.
En tête le 23e de ligne, le 1er régiment du génie et les Sénégalais de l’Esplanade des Invalides portaient une couronne de lauriers, immédiatement après les troupes, venait le char funèbre attelé de quatre chevaux tenus en mains par des piqueurs; aux quatre coins du corbillard, des faisceaux de drapeaux; la bière était recouverte par un drapeau tricolore. Les cordons du poêle étaient tenus par MM. de Freycinet, ministre de la Guerre, l’amiral Duperré, M. Testelin, sénateur du Nord, les généraux Lecointe, Bressonnet et M. Barbier de Meynard, membre de l’Institut.
Autour du char se tiennent des tirailleurs sénégalais. Les sapeurs du génie, en deux files, marchent le long du cortège, l’arme renversée.
La musique est lugubre, la Marche funèbre de Chopin produit un grand effet.
Les délégations qui sont venues apporter des couronnes sont très nombreuses; il y en a des quatre coins de la France; il y en a même de l’Algérie et du Sénégal. Les plus remarquées sont celles-ci:
«A Faidherbe, la colonie du Sénégal.—Au président d’honneur de la Société amicale des anciens élèves de l’Ecole polytechnique.—La ville de Saint-Quentin au général Faidherbe.—Au Grand-Chancelier, les gens de service de la Légion d’honneur.—A son illustre enfant, la ville de Lille.—La marine au général Faidherbe, ancien gouverneur du Sénégal.—Maison de la Légion d’honneur, Saint-Denis.—Maison de la Légion d’honneur, Les Loges.—Au général Faidherbe, les Enfants du Sénégal et du Soudan. Reconnaissance.—Les anciens élèves de l’Ecole polytechnique, etc.»
Derrière les couronnes, vient M. Gaston Faidherbe, fils du général, entouré des officiers d’ordonnance du défunt. Puis les pensionnaires des maisons de la Légion d’honneur, conduites par leurs directrices portant en sautoir le cordon rouge sur la robe noire. M. le général Brugère, représentant M. le président de la République.
L’amiral Krantz, les généraux Saussier et Billot, suivis de nombreux officiers représentant l’armée. Viennent encore: MM. Tirard, Rouvier, Faye, Thévenet, Yves Guyot, suivis de nombreux sénateurs députés, conseillers municipaux et de délégations de tous les corps constitués.
Parmi ces délégations, on remarquait particulièrement le roi nègre Oussman-Gassi, entouré de Sénégalais, ainsi que les spahis et les tirailleurs sénégalais, dont plusieurs portent la croix d’honneur et la médaille militaire.
Comme Mme veuve Malbrough, «je suis montée si haut que j’ai pu monter» au faîte de la célèbre tour et de là j’ai contemplé par un temps à souhait un panorama inoubliable, indescriptiblement beau, car le spectacle change à chaque étage. De la première plate-forme le regard charmé contemple l’ensemble de l’Exposition, qui lui apparaît comme une ville enchantée dont toutes les rues sont des jardins et toutes les maisons des palais. On ne voit que dômes, minarets, tours, villas, chalets, châteaux, pagodes, kiosques, chaumières, pavillons, palais, velums, colonnades, galeries, statues, fontaines; et, couronnant toutes ces constructions bizarres, élégantes, chatoyantes, le Dôme central et le Palais des Machines, c’est éblouissant...