Catherine de Médicis.—Catherine de Médicis, princesse italienne, avait épousé le fils de François Ier, Henri II, mais ce prince l'avait tenue à l'écart du gouvernement. Elle eut encore à souffrir de cet isolement sous le règne de son premier-né, François II. C'était la belle et gracieuse Marie Stuart qui dominait à la cour et assurait la réalité du pouvoir à son oncle François de Guise. Mais en 1560 François II mourut, et Catherine de Médicis se vit appelée à prendre la régence au nom de son second fils, Charles IX.
Sa passion de régner fut alors satisfaite. Mais Catherine avait à se défendre contre l'influence de deux grandes familles rivales, les Guises et les Bourbons, et à pacifier le royaume, déjà troublé par les guerres religieuses. Astucieuse et perfide, Catherine de Médicis s'appliqua à opposer les Bourbons aux Guises, et à tenir la balance égale entre les catholiques et les protestants. «Chacun, dit un contemporain, d'Aubigné, admirait de voir une femme étrangère se jouer d'un tel royaume et d'un tel peuple que les Français, mener à la chaîne de si grands princes.» Sa politique double ne contribua pas peu à exciter les divisions et à déchaîner les guerres religieuses dont elle put voir les tristes résultats, car ces guerres amenèrent la ruine de la famille des Valois. Catherine de Médicis vit disparaître avant elle ses enfants, et, au moment où elle mourut, en 1589, son dernier fils, Henri III, était presque détrôné.
La Saint-Barthélemy.—Parmi les protestants, l'homme qui mérita le plus de respect et eut la fin la plus tragique, ce fut Coligny, dont l'illustration comme celle de Guise datait des guerres de Henri II. Le parti protestant n'avait pu être accablé. Il rétablissait toujours ses affaires, grâce aux talents de Coligny, qui recueillait les débris de l'armée, défendait les villes, soutenait le courage, et ramenait quelquefois la victoire. La guerre n'aboutissait à rien.
En 1570, Catherine de Médicis fit aux réformés des concessions trop larges pour être sincères. Les chefs protestants furent attirés à la cour de Charles IX pour le mariage du jeune Henri de Béarn, leur chef, avec Marguerite de Valois, sœur du roi. Charles IX se prit même d'amitié pour l'amiral Coligny. Celui-ci donnait au roi les plus sages conseils et lui proposait de détourner contre les étrangers l'exaltation guerrière de la noblesse. Mais les catholiques s'indignaient de la puissance des protestants. Excités par eux, la cour organisa en secret le plus odieux guet-apens.
Quelques jours après les fêtes du mariage de Henri de Béarn, le 24 août 1572, fête de saint Barthélemy, à deux heures du matin, la cloche de Saint-Germain l'Auxerrois sonne, et le tocsin des autres églises lui répond. Des bandes armées s'élancent dans les rues aux cris de: Mort aux huguenots! Un affreux massacre souille Paris. Le duc Henri de Guise et le duc d'Aumale, qui ont arraché au roi l'arrêt de mort de Coligny, se dirigent vers la demeure de l'amiral, tout près du Louvre. Un assassin à leurs gages lui avait déjà tiré, quelques jours auparavant, un coup d'arquebuse et l'avait blessé à la main. Coligny reposait sous la protection d'une compagnie des gardes du roi. Les ducs signifient au capitaine la volonté de Charles IX. On monte, cinq Suisses se tenaient au haut de l'escalier. Ils résistent, se barricadent; le bruit de la lutte réveille Coligny, qui se met en prière. Ses serviteurs sont tués ou dispersés. Les arquebusiers arrivent à la chambre de l'amiral, dont l'aspect grave et vénérable les saisit. Mais l'un d'eux, Bême, plus féroce que les autres, s'approche: «N'es-tu pas l'amiral?» dit-il. «Je le suis, jeune homme, répondit Coligny, respecte ma vieillesse et ma faiblesse.» Bême le frappe, le renverse; Coligny est percé de coups, puis jeté par la fenêtre.
Le massacre de Paris fut imité dans les provinces. Quelques gouverneurs cependant refusèrent d'ordonner ces affreuses exécutions. «Je n'ai que des soldats et pas un bourreau,» répondit l'un d'eux. Un moment frappés de stupeur, les protestants ne tardèrent pas à se lever en masse; l'armée royale ne put prendre la Rochelle, qui était devenue la citadelle du parti, et Charles IX fut obligé de signer la paix (1573). L'année suivante, il mourait au milieu des plus violentes convulsions; dans son délire, souvent troublé par de sombres visions, il n'apercevait, si l'on en croit la tradition, que des meurtres et du sang (1574).
Henri III (1574-1589).—Le frère de Charles IX, Henri III, qui lui succéda, était un prince frivole. Il se composa une cour de seigneurs dissolus. Il aimait à s'entourer de petits chiens, de perroquets, de singes, et se fardait le visage comme une femme.
Le parti protestant s'était relevé, et Henri III s'était vu obligé de lui faire d'importantes concessions. Les catholiques, exaltés, formèrent entre eux une vaste association, appelée sainte Ligue (1576). Le chef en était Henri de Guise, fils de François de Guise, que les catholiques rêvaient déjà de placer sur le trône.