En effet la famille des Valois semblait près de s'éteindre. Henri III n'avait point de fils qui pût lui succéder; son frère, le duc d'Alençon, mourut sans enfants en 1584. Il y avait pourtant un héritier légitime, Henri de Bourbon, prince de Béarn et roi de Navarre; mais il était protestant, et les ligueurs n'en voulaient à aucun prix. Henri de Guise, soutenu par le roi d'Espagne Philippe II, brava Henri III et souleva Paris.
Henri III dut se jeter dans les bras des protestants et vint avec Henri de Navarre assiéger la capitale; mais il fut poignardé à Saint-Cloud par un fanatique, Jacques Clément (1589).
A la mort de Henri III, Henri de Navarre fut salué roi seulement par les protestants et une petite partie des fidèles de Henri III.
Henri IV (1589-1610).—Henri IV était fils d'Antoine de Bourbon, prince de Béarn et roi de Navarre, mais roi sans royaume, car la Navarre était aux mains des Espagnols. Il était né au château de Pau en 1553. Sa mère, Jeanne d'Albret, ordonna de le nourrir sans délicatesse, de ne point l'habiller richement, de ne point le flatter du titre de prince, et de ne le distinguer en rien des enfants du pays. On vit donc Henri, tout jeune, aller tête nue, pieds nus, se battant avec les autres enfants, escaladant, sous le soleil ou la pluie, les rochers des Pyrénées. On l'habituait à coucher sur la dure; on le forçait à de longues courses matinales et à des chasses fatigantes. Il acquit ainsi santé, force, agilité, et il avait une gaieté franche et naturelle qui lui gagnait tous les cœurs.
Jeanne d'Albret, cependant, très instruite, ne voulut pas que les buissons et les bois fussent la seule école de son fils. Pour qu'il ne devînt pas, comme elle le disait, un illustre ignorant, elle lui mit les meilleurs livres entre les mains. Elle le confia à un précepteur et lui recommanda d'obéir à son maître comme à elle-même: «Je ne vous ai donné que la vie, disait-elle à Henri, mais il vous apprendra à bien vivre, ce qui est préférable.»
Henri III, en mourant, avait commandé à tous ses officiers de reconnaître pour son successeur Henri de Navarre. Beaucoup de seigneurs catholiques, «enfonçant leurs chapeaux ou les jetant par terre, fermant le poing, murmurent qu'ils se rendront à toutes sortes de personnes plutôt que de souffrir un roi huguenot.» Ils viennent le sommer de se faire catholique. En vain Henri répond que «c'est le prendre à la gorge, ne pas l'estimer de croire qu'il peut à ce point faire violence à l'âme et au cœur à l'entrée de la royauté.» Il en appelle à eux-mêmes, sûr d'avoir pour lui «tous les catholiques qui aiment la France et l'honneur.» En vain le brave Givry déclare tout haut que Henri «est le roi des braves et qu'il ne sera abandonné que des poltrons;» en vain Henri déclare être prêt à se faire instruire: un grand nombre de seigneurs l'abandonnent.
Henri se trouvait dans une situation presque désespérée: peu de soldats et point d'argent, mais une petite armée anglaise envoyée par la reine Élisabeth, alliée de Henri IV, débarqua fort à propos à Dieppe, et Henri put reprendre l'offensive (1589).
L'année suivante, une bataille tourna encore à l'avantage de Henri, à Ivry. En face d'une armée ennemie bien plus nombreuse on parlait au roi d'assurer sa retraite: «Point d'autre retraite, dit-il, que le champ de bataille.» Puis, après une courte prière, mettant son casque en tête, il accompagna d'un sourire ces paroles: «Compagnons, Dieu est pour nous; voici ses ennemis et les nôtres; voici votre roi! Si vos cornettes vous manquent, ralliez-vous à mon panache blanc: vous le trouverez au chemin de la victoire et de l'honneur.» Le combat fut rude; un instant ses troupes cédèrent; Henri courut en avant: «Tournez visage, leur crie-t-il; si vous ne voulez combattre, regardez-moi mourir;» et il se précipita au plus épais des ennemis. Enfin la victoire est remportée: alors ce «bon Français,» qui appelait la guerre civile «un mal bien douloureux,» s'écria: «Quartier aux Français; mais mort aux étrangers!»
Depuis quelques années, Paris était en proie au plus affreux désordre. Les Espagnols avaient dévoilé leurs desseins, et les plus acharnés d'entre les ligueurs les soutenaient seuls. Le bon sens ne triomphait pas encore des passions, mais parlait déjà avec hardiesse. Henri de Navarre résolut enfin d'aider le parti royaliste en supprimant l'objection qu'on lui faisait toujours de sa religion. Les plus fidèles de ses conseillers huguenots l'encourageaient à faire le sacrifice que lui demandait le peuple. Le 25 juillet 1593, Henri abjura solennellement à Saint-Denis la religion protestante et fut sacré à Chartres le 27 février 1594.