L'intendant de Béarn écrivait dans son journal: «Il s'est converti six cents personnes dans cinq villes ou bourgs sur le simple avis que les compagnies étaient en marche. De quatre mille religionnaires qu'il y avait à Orthez, il s'en convertit deux mille avant l'arrivée des troupes, en sorte que, pendant le séjour que j'y fis avec des missionnaires, ils se convertirent tous, à la réserve de vingt familles opiniâtres.» Les nouvelles de conversions ainsi arrachées arrivaient par milliers à la cour. Louvois écrivait à son père, le chancelier Le Tellier: «Il s'est fait 60,000 conversions dans la généralité de Bordeaux et 20,000 dans celle de Montauban. La rapidité dont cela va est telle qu'il ne restera pas 10,000 religionnaires dans toute la généralité de Bordeaux, où il y en avait 150,000 le 15 du mois passé.»

Ces conversions apparentes firent illusion à Louis XIV et lui persuadèrent qu'il n'avait plus qu'à signer la révocation de l'Édit de Nantes pour que le protestantisme fût détruit. Ce fut le commencement de ses fautes et de ses malheurs.

Cette persécution des protestants contribua à rendre plus hostiles les nations protestantes, auxquelles se joignirent les nations catholiques effrayées déjà de l'ambition de Louis XIV. La ligue d'Augsbourg se forma (1686). Louis XIV engagea la lutte (1688) et bientôt compliqua cette nouvelle guerre en voulant rétablir sur le trône d'Angleterre le roi Jacques II, renversé par ses sujets, qu'il avait voulu ramener au catholicisme.

Les vaisseaux français, conduits par l'amiral Tourville, portèrent Jacques II et une armée en Irlande (1690). Mais la cause de ce roi incapable était désespérée. Louis XIV ne s'en obstina pas moins. Tourville soutint un combat glorieux sur mer contre des forces supérieures, mais une partie de ses vaisseaux vint échouer dans la rade de la Hougue, où leurs équipages les brûlèrent pour ne pas les laisser prendre par l'ennemi (1692).

On ne livra plus dès lors de grands combats sur mer, mais de hardis marins, Jean Bart, Duguay-Trouin et une foule d'autres, dans leurs courses audacieuses, infatigables, causent beaucoup de mal au commerce ennemi.

Jean Bart et Duguay-Trouin étaient les fils d'armateurs, l'un de Dunkerque, l'autre de Saint-Malo. Jean Bart tout enfant avait révélé sa vocation; il se plaisait surtout, dans les longues veillées, à construire de petits navires. Jean Bart entre comme lieutenant dans la marine royale en 1679. Duguay-Trouin, plus jeune, n'y entre qu'à la fin de la guerre de la ligue d'Augsbourg. Leurs noms toutefois retentissent ensemble pendant cette guerre.

Jean Bart, fait prisonnier par trahison, menace de mettre le feu aux poudres du bâtiment sur lequel on l'a attiré si on ne le délivre aussitôt.

Duguay-Trouin, avec son navire, soutient seul un combat acharné pendant douze heures contre six navires anglais. Jean Bart s'en va chercher, dans le Nord, un convoi de blé vivement attendu de la France affamée; il le rencontre, mais déjà pris et escorté de huit vaisseaux de guerre hollandais; avec six frégates, il attaque les huit vaisseaux, les bat, en prend trois et rentre triomphant avec le convoi de blé (1694). En 1696, quatorze vaisseaux bloquent Dunkerque pour empêcher Jean Bart de sortir: il sort néanmoins; il rencontre une flotte marchande hollandaise bien escortée: il prend cinq vaisseaux et vingt-cinq bâtiments marchands. Survient une flotte hollandaise: Jean Bart renvoie ses prisonniers sur les cinq vaisseaux dont il s'est rendu maître, et brûle les autres navires en présence des ennemis stupéfaits. Duguay-Trouin, non plus que lui, ne compte ses adversaires et, comme lui, marque chaque année par des prises nombreuses qui ruinent bien plus encore l'ennemi qu'elles n'enrichissent les armateurs. Duguay-Trouin, luttant contre six vaisseaux anglais, force, l'épée à la main, ses matelots à retourner à un combat dont ils ne veulent plus. Un officier se plaignait d'avoir été mal secondé par son équipage. «Mon cher, lui répondit Duguay-Trouin, c'est que vous n'aviez pas de courage pour eux tous.» Jean Bart transportait le prince de Conti en Pologne; on rencontra des forces ennemies bien supérieures, mais on leur échappa. «C'est bien heureux, dit le prince, car nous étions pris.—Non, répondit Jean Bart.—Comment auriez-vous fait?—Plutôt que de me rendre, dit froidement le capitaine, j'aurais fait mettre le feu au vaisseau: nous aurions sauté, mais ils ne nous auraient pas pris.» Le prince frémit à cette révélation: «Le remède est pire que le mal, dit-il; je vous défends de vous en servir tant que je serai sur votre vaisseau.»

Jean Bart meurt en 1702 prématurément, car il n'avait que cinquante ans. Duguay-Trouin lui survit et fournit une brillante carrière pendant la nouvelle lutte que Louis XIV soutient de 1702 à 1714 contre l'Europe coalisée.