Boileau, dont les satires étaient mordantes, avait cependant le caractère le plus généreux. Apprenant que des nécessités financières avaient fait supprimer la pension du vieux Corneille,[9] il écrivait aussitôt au roi et offrit le sacrifice de sa propre pension. Louis XIV n'accepta pas ce sacrifice, maintint la pension de Corneille et lui envoya en outre deux cents louis d'or.
Mais le charmant fabuliste La Fontaine déplaisait au roi, qui ne comprenait pas le génie du Bonhomme aujourd'hui tant aimé de l'enfance.
En 1715 Louis mourait, à l'âge de 77 ans, laissant la France plus grande qu'il ne l'avait reçue, mais meurtrie et épuisée.
[CHAPITRE XV]
LOUIS XV (1715-1774)
Louis XV; la Régence.—Une joie inconvenante accompagna les funérailles du grand roi. La Régence commença, temps resté fameux par la licence à laquelle s'abandonnèrent la cour et la noblesse, invitées au plaisir par le régent lui-même, le duc d'Orléans, neveu de Louis XIV, qui se dégrada au milieu des débauches avec ses amis.
La grande difficulté était de trouver de l'argent pour payer les dettes de l'État et aussi celles des seigneurs. Le duc d'Orléans accorda sa confiance à un Écossais Law. Celui-ci voulait répandre l'usage du papier comme monnaie. Il créa une banque qui émettait des billets très utiles pour les grandes transactions. Il fonda aussi une Compagnie des Indes, destinée, selon lui, à réaliser d'immenses bénéfices; tout le monde voulait s'associer à une entreprise qui promettait d'être si fructueuse et on acheta en foule des actions de la compagnie. Toutes les têtes étaient tournées. Le prix de ces actions s'élevant sans cesse, avec une rapidité incroyable, on n'avait qu'à revendre aussitôt pour faire des gains énormes: des artisans, des laquais devinrent millionaires. Pour satisfaire l'avidité du public, on multiplia outre mesure les billets de la banque, réunie à la Compagnie. La confiance s'ébranla; on voulut de l'argent, la banque ne put en donner: tous les porteurs de billets se trouvèrent n'avoir que du papier. Ce fut une ruine immense. Law s'enfuit (1720). Mais s'il avait échoué, il avait révélé la puissance du crédit.
Louis XV était à peine reconnu majeur, en 1723, que le régent mourut; son ministre trop peu scrupuleux, le cardinal Dubois, l'avait précédé au tombeau. Le duc de Bourbon, homme avide et sans mœurs, prit la place de premier ministre. Le roi de Pologne détrôné, Stanislas Leczinski, vivait en France où on l'avait accueilli. Un jour il entre dans la chambre où étaient sa femme et sa fille. «Mettons-nous à genoux, dit-il, et remercions Dieu.—Seriez-vous rappelé au trône de Pologne? lui dit sa fille.—C'est bien mieux, vous êtes reine de France!» La pieuse et douce Marie Leczinska devint, en effet, la femme de Louis XV, qui, à l'exemple de son aïeul, ne tarda pas à la délaisser, poussant le scandale bien plus loin que Louis XIV. En 1733, le cardinal Fleury, ancien précepteur de Louis XV, et qui avait succédé au duc de Bourbon, fut obligé, malgré son amour de la paix et de l'économie, de prendre part à une guerre presque générale et dite de la succession de Pologne. Cette guerre, qui aurait pu avoir de grands résultats, si elle avait été énergiquement conduite, releva cependant, par quelques victoires, le prestige de nos armes, et la France parut au traité de Vienne (1738) l'arbitre de l'Europe. Stanislas n'eut point le trône de Pologne, mais garda le titre de roi, si désiré pour l'honneur de son gendre: on lui céda la Lorraine; après sa mort, cette province, importante comme frontière, devait retourner à la France. Ce retour eut lieu en 1766.