Lorsque cette nouvelle arriva à Paris, une révolution éclata (4 septembre); un gouvernement nouveau s'installa à l'Hôtel de ville, prenant le titre de gouvernement de la Défense nationale. Les principaux membres de ce gouvernement, présidé par le général Trochu, gouverneur de Paris, étaient MM. Jules Favre, Ernest Picard, Jules Simon, Crémieux, Gambetta.

Tandis que les armées prussiennes, victorieuses à Sedan, venaient investir et assiéger Paris, d'autres troupes allemandes s'emparaient successivement des forteresses.—Strasbourg, boulevard de l'Alsace, investi le 13 août, se vit, à partir du 15, exposé à un bombardement qui s'attaquait à la ville même. Tout le centre de la ville fut dévasté par l'incendie. La cathédrale elle-même fut mutilée. La ville, à bout de ressources, dut capituler le 28 septembre. Paris cependant, investi depuis le 19 septembre, tenait à distance les Prussiens, qui ne se trouvaient pas en mesure de l'attaquer de vive force. Des troupes se rassemblaient sur les bords de la Loire, et la situation paraissait s'améliorer. La capitulation du maréchal Bazaine[15] à Metz (27 octobre) vint changer la face des choses. Investi, enserré par des lignes de batteries, qu'il n'était pas aisé de franchir, il n'essaya pas sérieusement, malgré la belle qualité de ses troupes aguerries, qui constituaient la plus belle armée que la France ait eue depuis longtemps, de rompre le cercle de fer et de feu tracé autour de lui. Lorsque les vivres diminuèrent, il négocia. M. de Bismarck ne voulut plus entendre parler de convention lorsqu'il comprit que l'armée devait nécessairement se rendre. Le jour fatal arriva en effet. Le maréchal dut capituler, et livrer prisonniers de guerre les cent mille hommes qui lui restaient, un matériel énorme, des forts superbes, un arsenal de premier ordre et une ville qui était un des plus solides remparts de la France. Verdun, assiégé depuis le 25 août, capitule le 8 novembre et Belfort se préparait sous la direction du colonel Denfert à une résistance digne de la réputation de cette forteresse.

A Paris, le général Trochu se hâta d'accélérer l'organisation de l'armée, qui déjà avait tenté plusieurs reconnaissances. Apprenant que l'armée de la Loire comptait s'approcher du côté de la vallée de la Seine, il prépara une sortie du côté de la Marne. Deux combats (30 novembre et 2 décembre) furent honorables pour l'armée de Paris, mais n'eurent aucun résultat. En même temps l'armée de la Loire avait à lutter contre l'armée prussienne de Frédéric-Charles, que la capitulation de Metz avait rendue libre. Une série de combats, les 2, 3 et 4 décembre, en avant d'Orléans, se termina par la retraite des Français et la reprise d'Orléans par les Prussiens. Paris, à bout de vivres et bombardé depuis le 6 janvier, avait enfin capitulé. Le gouvernement de la Défense nationale signa un armistice (28 janvier 1871). Une assemblée se réunit le 13 février à Bordeaux, nomma M. Thiers chef du pouvoir exécutif, et, après une douloureuse délibération, ratifia, le 1er mars, les préliminaires de paix. La France était forcée de payer cinq milliards et d'abandonner aux Allemands l'Alsace et la partie de la Lorraine qu'ils appellent allemande.

La guerre civile; la Commune de Paris.—Comme si ce n'était pas assez de tant de malheurs, une affreuse guerre civile suivit la guerre étrangère. Des ambitieux, exploitant les souffrances et la colère de la population parisienne, soulevèrent une partie de la garde nationale (18 mars 1871), et organisèrent la Commune. Le gouvernement légal fut obligé de se retirer à Versailles, et ne put rentrer à Paris qu'après un siège de deux mois (avril-mai). Encore, dans la dernière semaine, Paris faillit-il être anéanti par les incendies qu'allumèrent les vaincus. Cette lutte sinistre ne finit que le 28 mai.

Présidence de Thiers (1871-1873).—Le gouvernement de la Défense nationale avait déposé ses pouvoirs entre les mains des représentants de la nation, et ceux-ci, quoique appartenant en majorité à des opinions monarchiques, n'osèrent pas rétablir la monarchie. Ils choisirent pour Président du pouvoir exécutif M. Thiers, désigné d'ailleurs par ses lumières, son expérience et ses efforts, pendant la guerre, pour intéresser l'Europe aux malheurs de la France.

Chef du pouvoir exécutif et vainqueur de l'insurrection de la Commune, Thiers, travailleur infatigable, malgré son grand âge, se hâta de préparer, en devançant les époques de payement de l'indemnité de guerre, l'évacuation du territoire français. En deux ans l'indemnité de guerre de cinq milliards était payée, grâce à l'empressement du public à souscrire aux emprunts destinés à ces payements. Les Prussiens abandonnèrent toutes les positions qu'ils occupaient sur le territoire français. En même temps, de concert avec l'Assemblée, Thiers réorganisait l'armée, l'administration, les finances. Une loi (27 juillet 1872) déclarait le service militaire obligatoire pour tous les Français jusqu'à l'âge de quarante ans. Mais Thiers, qui s'efforçait de faire prévaloir la forme républicaine, tomba sous une coalition des partis monarchiques et donna sa démission le 24 mai 1873. Quelques mois auparavant (9 janvier) était mort en Angleterre l'empereur Napoléon III.

Présidence du maréchal de Mac-Mahon (1873-1879).—Le maréchal de Mac-Mahon fut désigné par l'Assemblée pour remplacer Thiers, et bientôt, comme les efforts pour rétablir la monarchie ne pouvaient réussir, les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon furent prolongés (20 novembre) pour une durée de sept années. Toutefois il fallait une Constitution déterminée. Républicains et monarchistes, avec des vues différentes, s'entendirent pour organiser un gouvernement.

La Constitution du 25 février 1875 établit deux Chambres, le Sénat et la Chambre des députés. Le Président de la République était élu pour sept ans par les deux Chambres réunies en Congrès. La République devint dès lors le gouvernement légal de la France, et l'Assemblée nationale se sépara à la fin de l'année 1875 pour laisser s'accomplir les élections nouvelles qui donnèrent dans la Chambre des députés la majorité au parti républicain, mais en 1879, quand de nouvelles élections eurent enlevé aux monarchistes la majorité au Sénat, Mac-Mahon donna sa démission.

Présidence de Grévy.—Le Congrès élut pour Président un libéral éprouvé, Jules Grévy. Toutefois le vrai maître du pouvoir était Gambetta qui savait rallier les différentes fractions du parti républicain. Mais Gambetta, contraint d'accepter la présidence du conseil, voulut trop marquer son autorité, et en quelque sorte dominer la Chambre des députés. Il ne put la déterminer à changer le mode de nomination des députés et se retira (janvier 1882). A la fin de la même année il mourait prématurément, et c'est alors que le parti républicain mesura l'étendue de sa perte.

Après la mort de Gambetta, Jules Ferry parut le plus capable de devenir le guide du parti républicain. Il resta deux ans au pouvoir, fit voter la loi sur l'instruction primaire obligatoire et gratuite (mars 1882) et surtout s'appliqua à tourner vers les entreprises extérieures l'activité française. Il fit voter une expédition au Tonkin qui nécessita de grands sacrifices d'argent et surtout d'hommes, car le climat malsain en dévorait beaucoup. La conquête du Tonkin amena une guerre avec la Chine. Mais un échec survenu au Tonkin produisit à Paris un mécontentement tel que Jules Ferry dut se retirer (30 mars 1885). Il mourut quelques années plus tard (1893).