Désespéré de ne pouvoir composer un morceau de musique, et accablé de fatigue, Tartini s'endort, et en rêve il arrange sa fameuse sonate du diable, qu'il se hâte d'écrire de mémoire à son réveil.
Condorcet nous apprend que parfois des calculs difficiles qu'il ne pouvait achever, se sont terminés d'eux-mêmes, dans ses rêves.
Hermas dormait lorsqu'une voix lui dicta, dit-il, le livre qu'il intitula le Pasteur.
Franklin racontait à Cabanis que les combinaisons politiques qui l'avaient embarrassé pendant le jour, se débrouillaient parfois d'elles-mêmes, en rêve. Les nombreux exemples de ce genre, qui sont consignés dans maints ouvrages, formeraient un curieux pendant à notre esquisse de la littérature de la folie, et serviraient à prouver, une fois de plus, que l'état hallucinatoire est plus fréquent qu'on ne le croit.
HISTOIRE DE LA LITTERATURE DES FOUS.
DEUXIEME PARTIE.
BIOGRAPHIES.
BLUET D'ARBERES.
PREMIERE SECTION.
BIOGRAPHIE.
En conséquence de la rareté et de la singularité des publications de ce fou littéraire qui nous avertit lui-même, dès son début qu'il ne sait ni lire ni écrire, et qu'il compose par l'inspiration de Dieu et sous la conduite des anges, presque tous les Bibliographes se sont occupés de lui, mais en mêlant au vrai, nombre de suppositions et d'erreurs. Les suppositions avaient leur cause dans les notions vagues d'après lesquelles on parlait des écrits de Bluet dont probablement pas un des critiques et des bibliographes antérieurs à notre époque, n'avait lu en entier les fragments qu'il pouvait avoir à sa disposition. Les erreurs résultaient de l'impossibilité de consulter l'ensemble de ses compositions dont les très rares exemplaires sont tous défectueux et incomplets.