Nodier fait observer avec raison qu'il ne faut pas appeler pastiche, la copie exacte d'un tableau ou d'une sculpture, espèce de travail très utile aux élèves. Cette imitation ne mérite ce nom, généralement pris en mauvaise part, que lorsqu'elle est accompagnée de la prétention de tromper l'opinion publique.

Pour se sauvegarder contre ces supercheries, un anglais proposa en 1858 de former une société d'assurance pour la découverte et la prévention de ces faux dans les arts; mais la proposition n'eut pas de suite,[195] et c'est fâcheux, car ils sont souvent chose sérieuse, tant pour les artistes, que pour les antiquaires et les archéologues.

[195] Notes and Queries du 13 Novembre 1870, et 2me série, vol. vi., page 395. Aussi vol. xi., pages 191 et 230.

Un portrait de Montaigne, et ses portraits sont rares, figure avec honneur dans une galerie célèbre de Londres. Le docteur Payen, si connu par ses travaux relatifs au philosophe Périgourdin, eut connaissance de ce portrait, et à sa demande, le ministre de Belgique en Angleterre, Monsieur Van de Weyer, lui en fit parvenir une copie exacte. Après examen, Payen désappointé, se convainquit que ce portrait était celui de François de Médicis, père de la célèbre Marie.[196]

[196] Voir les Causeries d'un Curieux, par Feuillet de Conches, tome iii., pages 36 et suiv., où l'on trouve des détails intéressants à ce sujet.

Un statuaire fut chargé par la municipalité de Paris, de faire pour l'Hôtel-de-ville une statue de Guillaume Budée. Elle était encore en place, avant le sac de Paris par les Communistes. Les portraits qu'on présenta à l'artiste, ne lui plurent pas, et il moula la tête de son portier. Pauvre Budée!

On pourrait citer cent exemples pareils; néanmoins le public croit, et est satisfait.[197]

[197] Pour voir jusqu'où peut aller la passion dans les querelles d'objets d'art faux, pris pour vrais, on n'a qu'à lire les pièces à l'appui produites par M. Alexandre Foresi, au sujet des bustes de Jean Bastianini, achetés comme étant du 16me siècle par le Comte de Nieuwekerke.

Toutes les branches des beaux arts ont été l'objet de ces sortes de supercheries.

Les numismates recherchent les monnaies ou médailles romaines en or, connues en Angleterre, sous le nom de Bekker forgeries. Plusieurs sont des compositions entièrement fictives, d'autres sont frappées d'après des types anciens connus. Pendant un certain temps ces fausses pièces trompèrent les connaisseurs et trouvèrent place dans des cabinets renommés, sans exciter le moindre soupçon. Sestini fut le premier qui, en 1823, les déclara fausses.