[193] Tour de Babel, ou objets d'art faux pris pour vrais. 1 vol 8º. Florence: A. Bettini, 1868.

[194] Les émaux forment une exception, lorsqu'ils contiennent du rouge, parce que l'émail rouge ancien n'a jamais pu être imité par les modernes.

Ces supercheries artistiques remontent assez haut en Italie. Vasari raconte que l'Amorino, sculpté à Florence par Michel-Ange, fut acheté à Rome, comme une œuvre grecque, par le Cardinal Saint George, qui était pourtant un fin connaisseur.

Cette anecdote a été souvent racontée, et de plusieurs manières différentes. Voici en quels termes elle est rapportée par l'auteur d'une dissertation latine sur la nécessité et les moyens d'imiter l'antiquité dans la littérature et les arts: "Michel-Ange fit une statue de Cupidon endormi, qu'il enterra dans un endroit où il savait qu'on devait creuser. Lorsqu'on la découvrit, on la trouva si belle qu'on la considéra comme le produit d'un ancien sculpteur grec, et en présence de Michel-Ange on la mit bien au dessus des sculptures modernes. L'artiste sourit, et montra à ces connaisseurs son nom inscrit dans un coin du marbre." (Les Matanasiennes.)

Le peintre Mignard fit acheter, par Monsieur, frère de Louis XIV., un prétendu tableau de Guido, qui avait été peint par Boullogne, et que celui-ci affirma être authentique. Mignard ne se vengea de cette surprise qu'en engageant le trompeur à faire toujours des Guido, et à ne plus peindre de Boullogne.

Luca Giordano a inondé les galeries de l'Europe de ses pastiches. Enfin on ne sait pas encore bien assurément lequel est l'original du Léon X. degli Uffizi, ou de celui du Musée de Naples.

Que de bustes, que de portraits des grands hommes, ne sont rien moins que les personnages qu'ils sont censés représenter.

A l'époque du conclave, d'où sortit l'élection de Léon XII. un iconographe bien connu, voulant spéculer sur le portrait du Pape futur et devancer tous les autres artistes, copia la face du maître de l'hôtel où il se trouvait, et la grava. Aussitôt que l'élection fut connue, il mit le nom, on tira, et la postérité croit encore à ce beau portrait de Léon XII.!

Le peintre flamand David Teniers avait un talent rare pour le pastiche. Il fit des Rubens et des Bassano, que l'on prit longtemps pour des originaux.

Parfois cette manie devient une violente passion. L'artiste Terenzio, connu dans les annales des arts pour la supériorité avec laquelle il contrefaisait les peintures anciennes, ne put survivre au chagrin d'avoir été découvert.