Des contemporains de Bion et de Moschus ont commencé à raffiner le genre.

Plus tard, et même sous les Empereurs Romains, les riches voluptueux disaient, peut-être, à la fin des banquets, aux chanteurs grecs: "Faites nous de l'Anacréon!"

Deux siècles avant l'Ere Chrétienne, Alexandrie fut le centre d'une active fabrication de pastiches et d'écrits apocryphes. Les Juifs Hellénistes, pour se venger de l'injuste mépris des Grecs, voulurent prouver que les grands philosophes de la Grèce avaient puisé à pleines mains dans les écrits de l'ancienne Alliance. A défaut de preuves historiques pour soutenir leur thèse, ils produisirent de prétendues poésies d'Orphée, de la Sibylle, des sages de la Grèce, qu'ils avaient composées eux-mêmes, ou bien encore des poésies d'une antiquité réelle, dans lesquelles ils glissèrent des vers, exposant quelques unes des grandes doctrines du Mosaïsme.[18] C'est ainsi que naquirent les livres apocryphes de Zostrien, de Zoroastre, et autres productions où la fraude était mise au service de l'enthousiasme[19] fanatique.

[18] Voir "Etudes critiques sur l'Ancien Testament," par Michel Nicolas, page 149, 1 vol. 8º. Paris: Michel Levy. 1866.

[19] "Philosophie et Religion," par Ad. Franck, page 3, 8º. Paris: Didier. 1867.

Nous retrouvons le Pastiche en honneur au troisième siècle. A la tête des écoles de Besançon et de Lyon se trouvait le rhéteur Titien, qui avait porté plus loin qu'aucun de ses contemporains le talent et la gloire de ce genre.

Il composa un recueil de lettres à l'imitation de celles de diverses femmes illustres de l'antiquité. On l'appelait le Singe de son temps. "On a beaucoup parlé de la littérature facile, dit M. Ampère; il y a aussi la littérature singe, qu'il ne faut pas oublier."[20]

[20] J. J. Ampère, "Histoire littéraire de la France avant le 12me siècle," tome i. p. 193, et tome ii. p. 195.

Les deux siècles suivants virent naître un système poétique curieux. Les Chrétiens furent saisis de la manie de reprendre les formes poétiques de l'antiquité, et de les appliquer aux idées nouvelles.

Synesius composait des odes sacrées à l'imitation d'Anacréon. Apollinaire faisait la même chose, prenant Pindare pour modèle. On composait de l'histoire sainte avec des lambeaux de Virgile.[21] Plusieurs poètes suivirent cet exemple; en un mot, on tenta une contrefaçon chrétienne de l'antiquité profane. Un peu plus tard les pastiches d'actes authentiques étaient d'un emploi assez fréquent à Rome. Il n'y avait personne en ces temps d'ignorance et de ténèbres, dont les agents dévoués au Sacré Collège eussent à craindre un examen critique.[22] Ce système dura longtemps, car le Journal de Trévoux (Mars 1716) nous apprend qu'au douzième siècle, un moine de St Médard, nommé Guernon, se voyant à l'heure de la mort, s'accusa publiquement d'avoir parcouru plusieurs monastères et d'y avoir fabriqué des pastiches de chartres en leur faveur.