A notre avis le centon, la parodie et le pastiche sont unis par d'intimes rapports. Après avoir traité les deux premiers sujets, nous désirons compléter cette espèce de trilogie plaisante, par un exposé des faits les plus remarquables dans les divers genres de supercheries, innocentes ou coupables, qu'offre l'histoire de la République des Lettres.
Afin d'établir un certain ordre dans ce travail, nous le diviserons en trois sections.
1er Les pastiches et suppositions d'auteur, composés avec l'intention de tromper les lecteurs.
2me Les suppléments d'auteur, intercalations, et pastiches, composés comme exercice de style, ou amusement.
3me Des pastiches-imitations, et suppositions d'auteur, dans les beaux arts.
SECTION PREMIÈRE.
PASTICHES ET SUPPOSITIONS D'AUTEUR PLUS OU MOINS COUPABLES.
"Corpus putat esse quod umbra est."
—Ovide.
"La vérité et le mensonge ont souvent leurs visages conformes, et leurs allures pareilles." Cette pensée de Montaigne est la base des compositions dont nous allons nous occuper.
Dans tous les pays et à toutes les époques, les supercheries littéraires sont fréquentes. Pour mieux déconcerter la critique, les auteurs de pastiches ont souvent cherché dans les temps anciens des noms célèbres, afin d'étayer leurs écrits d'une autorité imposante. "Cette sorte de mensonge, dit la savante Marie de Gournay, trouve son excuse dans la bêtise d'une part du monde, qui croit beaucoup mieux la vérité sous la barbe chenue des vieux siècles, et sous un nom d'antique et pompeuse vogue."