Tous les auteurs ne montrent pas la même indulgence. L'infatigable bibliographe Quérard lança ses foudres de guerre contre les supercheries de la littérature française. Il donne avec trop de sévérité le nom de faussaires en littérature à ceux qui s'en mêlent, sans faire grande distinction entr'eux.
Quelqu'un, par contre, a dit plaisamment: "N'est-ce pas au contraire de l'humilité et du désintéressement littéraire, que de prêter son esprit aux morts, et de se cacher tout vivant sous la peau d'un illustre défunt?"
Le lecteur a vu dans l'introduction que chez les anciens et dès les premiers siècles de notre ère, les falsifications de ce genre ne faisaient pas défaut.
On peut citer entr'autres, comme un morceau des plus heureux, les 217 hexamètres fabriqués à l'imitation du poète gnomique Phocylide,[29] et si bien réussis qu'on les a insérés dans les œuvres de ce dernier.[30]
[29] L'auteur de ce pastiche est resté inconnu. Duché (le tragique), le premier traducteur français du recueil de sentences et de préceptes de morale de Phocylide, a ajouté à sa traduction de véritables pastiches de Labruyère.
[30] Coupé, dans ses Soirées littéraires, tome iv. p. 49, s'obstine à nommer notre auteur grec, Procylide. Il a donné une autre traduction des maximes gnomiques ou sentencieuses de Phocylide. Voir, au sujet des poètes de cette famille, Emile Egger, Mémoires de littérature ancienne, tome i. p. 229.
Ovide jouit d'une grande célébrité au moyen âge, car nos aïeux trouvaient dans ses Métamorphoses et l'Art d'aimer, de quoi satisfaire leur penchant pour les histoires merveilleuses et les contes érotiques.
Aussi règne à cette époque la fantaisie de certains poètes de publier leurs œuvres sous son nom, mais ces pastiches réussirent rarement. On compte jusqu'à treize de ces imitations.[31] Une des plus importantes, le poème de Vetulâ, déjà cité par Richard de Bury, dans son Philobiblion, fut publié à Cologne en 1470, comme œuvre d'Ovide. Voici comment Robert Holcoth, dans son commentaire sur La Sagesse raconte l'histoire inventée alors pour faire croire à l'authenticité de ces trois chants, mais sous une prudente réserve: "An sit liber Ovidii, deus novit."
[31] Consolatio ad Liviam Augustam.
Carmen Panegyricum ad Calpurnium Pisonem.