Bayle dit qu'il faudrait être bien dupe pour s'imaginer que la Vetula soit de ce poète. "Il n'est pas nécessaire, ajoute-t-il, d'être grand clerc pour pouvoir jurer, sans nulle ombre de témérité qu'Ovide n'a jamais fait un poème aussi barbare que celui-là, et que c'est la production d'un Chrétien du Bas-Empire."
Ici notre savant critique se trompe, comme l'a prouvé M. Cocheris, qui, dans une introduction de la traduction de ce poème, par Jean Lefèvre, démontre que de tous les écrivains que l'on pourrait regarder comme auteur de ce pastiche, aucun ne semble réunir en sa faveur autant de présomptions que Richard de Fournival, chancelier de l'église d'Amiens. Admirateur d'Ovide, clerc habile, auteur de productions fort estimées de son temps, il a laissé plusieurs poèmes qui ne sont que des imitations de l'Art d'aimer et du Remède d'amour.[33]
[33] La Vieille, ou les dernières amours d'Ovide, poème français du 14me siècle, etc. etc., par Hippolyte Cocheris. Paris: A. Aubry. 1861. Un vol. petit en 8º.
A plusieurs reprises les romans grecs ont fourni l'occasion de pastiches qui parfois ont eu cours assez longtemps comme authentiques. Par exemple, Huet a accepté comme tel un ouvrage tout moderne: "Du vrai et parfait amour," attribué à Athénagoras d'Athènes, un des premiers défenseurs du Christianisme. On n'a jamais vu le texte grec de ce livre, dont la traduction française a été publiée pour la première fois à Paris en 1599. Il est bien prouvé aujourd'hui que l'ouvrage est une fiction du prétendu traducteur. C'est le premier modèle de toutes ces suppositions de romans traduits du grec que Montesquieu n'a pas dédaigné d'emprunter dans le Temple de Gnide.[34]
[34] Etudes de littérature ancienne et étrangère, par Villemain. Paris: Didier. 1846.
Les Romanciers grecs et latins, par Victor Chauvin. Paris: Hachette. 1864.
Une supposition d'auteur qu'il ne fut pas aussi facile de reconnaître, et qui est encore aujourd'hui une énigme, est l'inscription que Pétrarque est supposé avoir tracée sur son exemplaire de Virgile, et dans laquelle il fait mention de sa première rencontre avec Laure, dans l'église de Sainte Claire, le 6 avril 1327, jour de Vendredi Saint.[35]
[35] Malheureusement pour celui qui imita si bien l'écriture de Pétrarque, il est prouvé, que le 6 avril de cette année était un lundi.
Une supercherie plus difficile, qui traversa comme authentique même le dix-huitième siècle sceptique et railleur, sans être démentie ni mise en doute, est la curieuse Ordonnance Royale, relative aux mœurs à Avignon, donnée par la Reine Jeanne de Naples, en 1347.
M. Jules Courtet a montré que le savant Astruc a été la dupe d'une plaisante mystification, en insérant ces statuts apocryphes pour la première fois en 1736, dans son traité De Morbis Venereis. Ils étaient l'œuvre de M. Garcin et de ses amis. On fabriqua une copie d'un prétendu original, qu'ils firent parvenir à Astruc.[36]