[36] Voir les détails de cette affaire dans la Revue Archéologique, deuxième année, 1845, 3me livraison. Sur la foi d'Astruc, cette Ordonnance Royale fut mise par Papon dans son "Histoire de Provence," et par Merlin, dans son "Répertoire de Jurisprudence," tome i. p. 761. Non infima laus est, comme dit Horace.

Les savants et les hommes de lettres se donnèrent souvent, au seizième siècle, le plaisir de se mystifier les uns les autres, et parfois le public, par ces sortes de pastiches ou de suppositions d'auteur. Le plaisant conteur Des Periers essaya, mais ne réussit guère, à faire croire que le Cymbalum mundi était un ouvrage ancien.

Dans la préface, il dit à son ami Tryocan, qu'il n'était que le traducteur de ce petit livre: "Il y a huit ans que je te promis de te rendre en langaige françois, le petit traité que je te montrai, intitulé: Cymbalum mundi, lequel j'avais trouvé dans une vieille librairie d'un monastère qui est auprès de la cité de Dabas."

Le célèbre italien Sigonius fit prendre pendant longtemps un de ses pastiches pour le traité de Cicéron, "De Consolatione," quoiqu'Antoine Riccoboni eût déjà tâché de dévoiler la supercherie, en publiant le "De Consolatione, edito sermone sub nomine Ciceronis." Tiraboschi ne découvrit qu'en 1785, à Modène, des lettres privées qui prouvaient la fabrication.

Ce pastiche Cicéronien était habilement composé par un savant que Hallam, dans son histoire de la Littérature de l'Europe, nomme le prince des antiquaires du seizième siècle.

Vers cette époque une supercherie littéraire qui fit bien plus de bruit, fut celle d'Annius ou Nannius de Viterbe, qui,

....."Veteris non inscius ævi,"

publia à Rome en 1498 un recueil de parties des ouvrages originaux de Bérose, de Fabius Pictor, de Manéthon, de Caton,[37] etc., qu'il prétendit avoir retrouvés à Mantoue. Ce recueil, monument curieux de l'ignorance et de la crédulité, fut reçu avec une grande faveur par toute l'Europe savante, car chaque peuple trouvait son origine dans les fables de ces prétendus historiens. Il eut les honneurs de la réimpression à Paris, à Venise et à Bâle.

[37] Annii Viterbiensis Commentarii in auctores diversos de antiquitatibus, cum textu, in folio. Cette première édition est extrêmement rare.

La critique ne fit justice de cette supposition d'auteur, qu'à la fin du seizième siècle, longtemps après la mort de l'inventeur. Nicéron distingue quatre partis qui furent engagés dans cette querelle; ceux qui considéraient toute la collection comme un pastiche; les partisans d'une authenticité parfaite; ceux qui regardaient les fragments comme faux, mais qui prétendaient qu'Annius avait été trompé lui-même; et enfin le juste milieu maintenait, qu'une partie était fausse, et l'autre authentique. Le Bérose commençait son histoire avant le Déluge, et avançait que les Chaldéens avaient fidèlement conservé leurs archives historiques.[38]