"Nemo tentis mentulis det, nemo nervis otium.
Ecce passeres salaces, ecce rauci turtures,
Hâc nuper virente myrto nos amoris admonent
Cum puellis dulce inire vesti contubernium,
Nemo tentis," etc. etc.
Quelquefois le critique trompé ne veut pas être désabusé et persiste dans l'erreur. Henri Estienne avait inséré dans ses Satyrici Minores, une satire De Lite, qu'il croyait ancienne, et qui était du Chancelier de l'Hospital. Le philologue Boxhorn ne voulut jamais croire J. F. Gronovius, qui le prévint de la supercherie, et soutint que l'Hospital devait avoir découvert cette pièce excellente, et qu'il pouvait citer des savants qui l'avaient lue dans des manuscrits anciens! C'est peut-être une semblable conviction qui engagea Alde le jeune à publier Philodoxios Fabula[44] comme pièce ancienne, quoiqu'il ne soit pas probable qu'il ignorât qu'Albert Eybe en avait déjà donné quelques scènes dans sa Margarita poetica, où elle est attribuée à Charles d'Arezzo, de la famille des Marsuppini, mort à Florence, en 1453.[45]
[44] Lepidi Comici Veteris Philodoxios Fabula, ex antiquitate eruta ab Aldo Manucio, in 8º. Lucæ, 1558. Ce livre extrêmement rare a été vendu jusqu'à dix guinées à la vente de la Bibliothèque de B. Butler.
[45] Voir Renouard.
Malgré l'étude profonde de l'antiquité que possédaient incontestablement les savants de cette époque, on serait presque tenté de douter de leur esprit critique, lorsqu'on les voit se tromper aussi fréquemment.
Guez de Balzac, un des créateurs de la langue française, et dont le grand Corneille, Gassendi, Sarrasin, etc., s'accordent à vanter le talent pour la versification latine, a été à son tour la cause d'une mystification (dont on a cherché à le justifier), quoiqu'il eut pris d'amples précautions pour cacher sa petite supercherie. Il inséra dans ses œuvres,[46] parmi ses poésies et épîtres latines, un morceau intitulé: "Indignatio in poetas Neronianorum temporum, majoris operis fragmentum."