[46] Deux volumes in fol., p. 38. Paris, 1665.
Il déclare qu'il avait trouvé dans un parchemin pourri en plusieurs endroits, et à demi rongé de vieillesse, des vers d'un auteur inconnu sur les hommages prodigués à Néron, que les Chrétiens croyaient être l'Antéchrist. Il faut que l'auteur ait écrit sous le règne de Néron, ajoute-t-il, quoique son caractère soit plus ancien, et qu'il ait cherché une autre manière, et une plus belle expression que celle des écrits de ce temps-là. Mais de plus, nos amis du pays latin trouvent que son génie est hardi.
J. Ch. Wernsdorff, éditeur d'un recueil estimé, les Poetæ Latini Minores, inséra ce fragment d'une trentaine de vers, comme l'œuvre du poète Turnus. Burmann et plusieurs autres crurent également à l'authenticité de cette pièce. A. Perreau, le traducteur de Perse, a fait, dit-il, d'inutiles recherches (et on peut l'en croire), pour se procurer le manuscrit d'où Balzac avait tiré ces beaux vers; et le savant Boissonade jugea que la conjecture était probable, qui les attribuait au satirique Turnus, contemporain de Martial. Seulement il exprimait de grands regrets que Balzac, qui le premier les avait publiés, n'eut pas pris le soin de nous faire connaître leur origine, et la source d'où il tenait son vieux manuscrit.
Cette prétendue satire de Turnus fut reconnue véritable par Lemaire, Naudet, Quicherat, et traduite par Théry, Ach. Perreau et Charpentier, dans les collections classiques!
Le spirituel auteur des Matanasiennes a voulu disculper Balzac, et prouver que si on avait lu avec plus d'attention les lettres de celui-ci adressées à Conrart, à Chapelain, et à d'autres, ainsi que ses "Entretiens, ou dissertations littéraires," on aurait vu que l'auteur n'avait pas l'intention de tromper les savants.
Il faut avouer pourtant que Balzac aimait ces jeux d'esprit, et s'exprimait d'un air de grande bonne foi, en les présentant comme anciens; et excellent latiniste comme il l'était,[47] il n'est pas étonnant qu'il déçut quelquefois le public lettré. Dans son quatrième discours, adressé à Madame la Marquise de Rambouillet, il cite des paroles de Cassius et de Caton, une lettre de Fabricius à Pyrrhus, un billet de César à Cléopâtre, comme extraits d'un vieux manuscrit, qui lui est heureusement tombé entre les mains. Toutefois ici, comme la supposition est flagrante, il ajoute une explication, qui laisse entrevoir la vérité: "L'auteur de ce manuscrit n'est pas un inconnu, un enfant de la terre; il a un nom et un pays, et porte des marques de sa naissance. Il est vrai pourtant, Madame, que je ne vous parle pas si affirmativement de la vérité de ces lettres qu'il ne vous soit permis de suspendre encore votre jugement.
[47] Le philosophe Gassendi lui a rendu ce témoignage, "Balzacius cui nemo, non gallicè modò, sed latinè etiam scribentium elegantiæ palmam non facilè cedat."
"Puisqu'en ce pays de Grèce, il y a quantité de gens de bonne volonté et de grand loisir; puisque les sophistes ont servi de secrétaires à Phalaris et à d'autres princes, je ne sais combien de siècles après leur mort, ils pourraient bien avoir rendu le même service à César. Au surplus, si ces pièces ont été contrefaites, ç'a été, je pense, à peu près au siècle d'Auguste."
Ce demi-aveu même laisse exister le doute, par les derniers mots, sur l'intention de Balzac d'induire en erreur Madame de Rambouillet.
Suffit-il pour empêcher le lecteur d'être pris au piège, que dans une édition des poésies latines de Balzac, publiée par Ménage en 1650,[48] on trouve, à la page 189, huit petites pièces de vers avec l'intitulé: Ficta pro antiquis, sous lequel l'éditeur a placé le fragment attribué à Turnus?