Cette correspondance était renfermée dans un coffret d'argent ayant appartenu à François II., et que Bothwell oublia dans le château d'Edimbourg, lorsqu'il prit la fuite.
Deux publications récentes ont renversé l'accusation qu'avait soutenue M. Mignet, dans sa "Vie de Marie Stuart," et elles ont prouvé jusqu'à l'évidence, que les lettres et papiers qui ont formé la base de la condamnation, n'étaient que de mauvais pastiches et une coupable supposition d'auteur.[86] Ils furent forgés par les ennemis de la reine, surtout par le traître Buchanan, et l'on y énonce des sentiments et des faits, en contradiction directe avec la vérité.
[86] Voir: L. Wiesener, "Marie Stuart et le Comte de Bothwell." Paris, 1863. 8º. "Mary Stuart and the Casket Letters." By T. F. N., with an Introduction by H. Glassford Bell. London: Hamilton, Adams & Co. 1870. 8º. Voir aussi le Gentleman's Magazine de 1760.
L. Wiesener qualifie de la manière suivante les documents accusateurs: "Le mensonge y est flagrant partout; le mensonge par insinuation, le mensonge qui se ménage, en détournant le sens des faits, le mensonge qui les suppose hardiment, le mensonge qui, à propos, sait approprier à ses fins un lambeau de vérité, ou se cacher derrière elle, le mensonge qui s'attendrit, celui qui s'indigne, en un mot, un chef-d'œuvre de mensonge. Et c'est par de pareils documents que Mignet s'est laissé guider![87]
[87] L. Wiesener fournit les preuves de cet enchaînement de mensonges.
Les Lords se réunissent en armes contre la reine, au commencement de Juin, sous prétexte des faits mentionnés dans ces lettres; elle est faite prisonnière le 15 de ce mois, enfermée le 16 à Lochleven, et ce n'est que le 20 que se trouve le coffret! Le 26 Juin, une proclamation dénonce Bothwell, comme meurtrier de Darnley, et publie l'emprisonnement de la reine; mais nulle mention n'est faite de ces lettres si terriblement accusatrices.
Le 17 Juillet suivant, un acte du Conseil de Régence ôte à Marie Stuart sa liste civile, mais dans les motifs, rien encore quant aux lettres. Bien plus, dans tous les Conseils tenus par les révoltés, du 20 Juin au 4 Décembre, il n'y a pas la moindre allusion à ces pièces fatales. Un ambassadeur français arrive en Ecosse, le 23 Juin, pour prendre connaissance des causes de la captivité de la souveraine, mais on ne lui parle aucunement de cette correspondance. Throgmorton, l'envoyé de la reine Elisabeth, n'en sait rien non plus. Ce n'est que lorsqu'une assemblée générale a prié le Régent et les Lords du Parlement de faire connaître les causes de la détention de Marie, qu'il est enfin fait mention de ces coupables lettres, dans un acte du Conseil secret du 4 Décembre 1567, et c'est le 20 Juin que le coffret avait été trouvé!
La reine d'Angleterre demande qu'on lui communique ces documents, et on en transmet une traduction en Anglais, sous prétexte que plusieurs sont écrites en écossais, dialecte ignoré de Marie. Enfin l'accusée elle-même, malgré ses demandes réitérées, ne put jamais obtenir de voir ces pièces, même en copie, quoiqu'elle déclarât pouvoir prouver leur fausseté. En effet, le contenu montre à l'évidence que Buchanan les traduisit en latin, sur un texte écossais, et nous venons de le dire, la reine ne parlait pas ce dialecte. Ce qui démontre encore mieux la fraude, c'est que le régent Murray soutint plus tard, à Londres, que les originaux étaient en français, assertion contradictoire. Jamais ces originaux ne furent communiqués, jamais ils ne furent imprimés, et ils disparurent dès le seizième siècle, ne laissant subsister que les menteuses accusations de Buchanan.
Mignet, dans son ouvrage cité plus haut, a consacré l'appendice G. de son premier volume, à l'examen de l'authenticité de ces lettres de Marie Stuart, et il se pose ces deux questions:—1. Les copies qui nous restent de ces documents, sont-elles conformes, quant au contenu, aux originaux perdus ou détruits? 2. Ces originaux étaient-ils de la main de Marie?
Mignet répond affirmativement; mais le professeur Wiesener démontre sans réplique que c'est sans preuves valables.[88]