[88] Ces cassettes supposées, de lettres d'amour, ont, à plusieurs reprises, servi à calomnier d'illustres personnages. La prétendue cassette de Monsieur le Grand, renfermant les poulets écrits à Saint-Mars, a répandu, de son temps, de cruelles médisances. N'en fut-il pas de même, plus tard, des mille mensonges sortis de la merveilleuse cassette de ce fat de Lauzun? Une des plus cruelles de ces inventions, moins atroce pourtant que les lettres à Bothwell, fut la cassette du surintendant Fouquet. Louis XIV, seul avec sa mère et Le Tellier, virent les véritables lettres de cette cassette, et celles qui auraient causé trop de scandale, furent brûlées. Néanmoins les passions du moment et l'envie en répandirent bientôt de supposées, en profusion. Voir: Causeries d'un Curieux, tome ii. page 503.

Après cette digression rétrospective que le pastiche de Meunier de Querlon nous a mis en mémoire, revenons à la fin du 18me siècle, et parlons d'une supposition d'auteur et de pastiches qui ont fait grand bruit, et sur le compte desquels on ne sait la vérité que depuis très-peu de temps.

La question avait été examinée par les plus célèbres critiques; mais récemment M. Antoine Macé l'a résolue par la publication de documents inédits.[89]

[89] "Les Poésies de Clotilde de Surville, études nouvelles, suivies de documents inédits," par Antoine Macé. Grenoble, 1870. Un vol. in 8º.

L'abbé Brizard ne produisit pas un aussi long doute par son Fragment de Xénophon, trouvé dans les ruines de Palmyre, et qu'il publia en 1783.

Comme c'est une des curiosités de l'histoire des pastiches, donnons un résumé de la discussion. M. Raynouard, dans le Journal des Savants, n'hésite pas à mettre les poésies de Clotilde sur la même ligne que les inventions du poète anglais Chatterton et que les Poésies Occitaniques, habile pastiche du style des troubadours, publié par Fabre d'Olivet, précisément à la même époque, et chez le même éditeur chez lequel Vanderbourg avait fait paraître son recueil.

Villemain déclare que ces œuvres de Clotilde sont une petite construction gothique élevée à plaisir par un moderne architecte. Daunou et Ségur suivent la même opinion.

Sainte Beuve consacre à cette question une étude spéciale: "M. De Surville, dit-il, profita de l'espèce d'engouement qui, pendant plus de trente ans,[90] et jusqu'en 89, s'attachait à la renaissance de la vieille poésie française, sous sa forme naïve et chevaleresque. Rien ne manquait en l'air, en quelque sorte, pour susciter ici ou là un Surville."

[90] Qu'on lise comme un exemple du roman pastiche de cette époque, et qui eut un instant de grande vogue: "L'Histoire amoureuse de Pierre le Long et de Blanche Bazu," par Sauvigny.

Enfin aux yeux de la critique, la question paraissait décidée, résolue, tranchée définitivement. Quoique les écrivains que nous venons de nommer ne s'entendent pas sur l'auteur de ces poésies, les uns les donnant au Marquis de Surville, les autres à Vanderbourg, tous s'accordent du moins à proclamer qu'elles sont de fabrication moderne, et n'ont rien d'authentique.