Dans le Journal de l'Instruction Publique,[91] M. Macé commence par analyser vingt-huit documents inédits, d'une authenticité qui défie tout soupçon, et toute espèce de doute. Il en déduit que tous les critiques précédents se sont trompés. Il examine les jugements, les opinions et les systèmes accrédités jusqu'alors, par des écrivains qui sont justement célèbres, mais auxquels manquaient les pièces du procès. Il prouve la faiblesse des arguments les plus convainquants: d'abord que ces poésies sont trop parfaites pour le 15me siècle; que l'orthographe est fautive; que l'auteur observe des règles de versification que ce siècle ne connaissait pas, etc. etc. etc.
[91] Tome xxxii. des 31 Janvier, 4 Février, et 23 Mars, 1863.
Quant aux faits vraiment irréfutables comme, par exemple, que dans cette œuvre on combat le système astronomique de Ptolémée, en faveur de celui de Copernic, qui n'était qu'un tout jeune enfant, même à la fin de la longue vie de Clotilde; 2º, qu'on y réfute les doctrines matérialistes de Lucrèce, dont le poème ne fut retrouvé que l'année même de la naissance de Copernic (1473); 3º, qu'on y fait mention des sept satellites de la planète de Saturne, qui n'ont été découverts et observés qu'aux 17me et 18me siècles, par Huyghens, D. Cassini et W. Herschell, ces trois arguments, en apparence formidables, sont réduits à néant par la simple raison que les pièces où se trouvent tous ces faits, n'existent pas dans la première édition des poésies de Clotilde, donnée par Vanderbourg, en 1803.[92] On ne les rencontre pour la première fois que dans une publication faite en 1826, sous le titre de: "Poésies inédites de Clotilde de Surville, par M. M. De Roujoux et Nodier."
[92] Paris, Nepveu éditeur, in 8º, in 12º, et in 18º, avec gravures d'après Colin, élève de Girodet. Ce même libraire Nepveu publia, en 1824, une nouvelle édition du recueil livré au public par Van der Bourg, mais les pastiches de Nodier-Roujoux ne s'y trouvent pas davantage.
"Il est très curieux, fait observer Sainte Beuve, de voir Nodier se faire le champion de Clotilde, au point de publier en son honneur ses poésies inédites, tandis que dans ses 'Questions de Littérature Légale,' il attaque leur authenticité, et il les attribue au Marquis de Surville."[93]
[93] "Tableau de la Poésie Française au XVIme siècle."
Du reste la plupart de ces poésies soi-disant inédites, sont simplement transcrites du Journal Littéraire de Lausanne, publié de 1794 à 1798, et rédigé par Madame la Chanoinesse de Polier.[94] C'est dans ce journal qu'avec maints autres contributeurs, le Marquis de Surville inséra les premiers extraits des œuvres de Clotilde. Jamais toutefois il ne donna comme composées par sa parente, les pièces publiées par Nodier.
[94] Dix volumes in 8º, avec l'épigraphe: Il emprunte d'ailleurs ce qui fait son éclat.
Madame Polier avait, sur sa demande, communiqué à ce dernier divers manuscrits qu'elle n'avait pas jugé à propos d'insérer dans son journal. M. Macé produit des pièces de poésie du Marquis de Surville, et démontre par leur comparaison avec celles de Clotilde, qu'il était incapable d'inventer celles-ci.
Le style, ainsi que le fond des compositions du marquis, sont pauvres d'idées, sans harmonie et sans rhythme. Or, les pièces évoquées furent écrites de 1782 à 1787, lorsque de Surville est supposé avoir fabriqué les manuscrits de son aïeule.