Jean Le Houx, un des meilleurs poètes du milieu du 16me siècle, fit imprimer d'anciennes chansons qui passèrent pour avoir été composées par Basselin, et y mêla les siennes propres. Il n'eut pas grand'chose à faire pour s'approprier ces anciens Vaux-de-Vire, il n'eut qu'à les recueillir de la bouche des anciens du pays, ou plutôt qu'à les écrire, comme il les avait appris quand il commençait lui-même à faire des chansons. En les recueillant le premier, Le Houx les rajeunit, si toutefois il ne les a pas composés lui-même sous le nom d'Olivier Basselin, connu en Normandie à cause d'une ancienne chanson qui se chantait du temps de Guillaume Cretin, et dans laquelle il était fait mention de ce nom. Du reste Jean Le Houx ne voulant pas sans doute qu'on l'accusât plus tard de plagiat, a rassemblé tout ce qu'on savait par tradition de la vie d'Olivier Basselin, dans un de ses Vaux-de-Vire qu'il adresse à Farin du Gast.

"Qu'Olivier Basselin et Jean Le Houx ne fassent qu'un seul et même poète, conclut le Bibliophile Jacob, peu importe; ce n'est pas Horace, ce n'est pas Anacréon, c'est un bon biberon qui chante le cidre et le vin avec une gaieté toute gauloise."

Cette opinion n'a pour but que de laisser indécise la question de savoir si c'est Jean Le Houx ou Basselin qui a composé les chansons. Si plusieurs des célèbres Vaux-de-Vire, soi-disant de ce dernier, sont l'œuvre d'un poète beaucoup plus moderne, Jean Le Houx, un grand nombre aussi sont le produit d'un jeu d'esprit de M. Julien Travers, membre de la société des antiquaires de la Normandie, qui en a fait l'aveu à la réunion des délégués des sociétés savantes à la Sorbonne, au mois d'avril 1866.[97]

[97] Voir la Revue des sociétés savantes, quatrième série, tome iii. pages 445 et 574.

Moncrif, lecteur de la Reine Marie Leczinska, a fait une substitution semblable, d'une chanson de sa composition, en 1742, à une des pièces de Robert de Champagne.[98] Ce même écrivain, dans un choix d'anciennes chansons, donné au public, rima encore, dans le ton du bon vieux temps, ses deux célèbres romances: "Les constantes amours d'Alix et d'Alexis," et "Les infortunes inouïes de la tant belle Comtesse de Saulx." Elles trompèrent longtemps bien des lecteurs. Dans l'Almanach des Muses, publié par Santreau de Marsy, en 1765, les rondeaux, triolets et fabliaux, soi-disant anciens, foisonnent, les vers pastiches ne manquent pas, les suppositions d'auteur non plus, et l'on prêtait surtout des chansons aux anciens rois de France.[99]

[98] Voir la curieuse anecdote du Duc de Luynes, dans les Mémoires, année 1742, tome ix. p. 188.

[99] Sainte Beuve "Histoire Critique de la Poésie Française au XVIme siècle."

Avant d'entamer le sujet, en ce qui concerne le siècle présent, voyons ce qu'a produit l'Angleterre en pastiches et suppositions d'auteur, au dix-huitième.

Nous croyons que bien peu de pastiches dans ce pays présentent l'originalité de celui du célèbre docteur Johnson, que le docteur Matty, biographe de William Pitt, inséra dans son livre, même du vivant de Johnson, comme un exemple "de l'éloquence du noble lord, dans le style vigoureux de Démosthènes, uni à la manière spirituelle et ironique de Cicéron."

Voici comme la chose arriva. Dans le Gentleman's Magazine, édité alors par Edward Cave, on trouve, à partir du mois de Juin 1738, jusqu'en Février 1743, une analyse des débats du parlement anglais, sous le titre de "Debates in the Senate of Lilliput." Il était à cette époque strictement défendu d'imprimer quoique ce fût, des discussions et discours du parlement; de là, la nécessité de déguiser plus ou moins les discours. Or, le docteur Johnson n'avait jamais assisté à aucune des séances; mais Edward Cave avait gagné un des huissiers, et fut mis à même de prendre note du sujet de la discussion et des noms des orateurs, ainsi que des principaux points de leurs arguments. Ces matériaux étaient communiqués à Johnson, qui s'en servait pour composer son compte-rendu des débats.