On peut voir dans le Gentleman's Magazine, de l'époque, le discours de ce dernier, que la biographie de Pitt par le docteur Matty cite comme un exemple remarquable de l'éloquence de son héros, et qui est véritablement un excellent pastiche de la manière du ministre anglais.[100]

[100] Voir The Proof Sheet, Journal Littéraire Américain, de Mars, 1869, 2me vol. No. 5, p. 67.

Nous ne citerons que pour mémoire l'Alphabet Formosan, et la Traduction Formosane de la Bible par Psalmanazar, que l'évêque de Londres Compton avait placés parmi les curiosités les plus précieuses de sa bibliothèque.

Il y a lieu de s'arrêter plus longtemps sur les poèmes d'Ossian, que son premier éditeur, Macpherson, est supposé avoir fabriqués. Ils eurent d'abord un tel succès, qu'admirés par Goethe et par Schiller, ils furent bientôt traduits en allemand, en français, en italien, en danois, en polonais, et en latin.

Enfin pourtant on réfléchit qu'il était presque incroyable que des poèmes aussi longs que Fingal et Temora, nous eussent été transmis par la tradition orale seule, depuis un laps de plusieurs siècles. Finalement le docteur Samuel Johnson, alors au zénith de sa renommée, déclara que le tout n'était qu'une impudente supercherie. Sans employer un langage aussi violent, Malcolm Laing et David Hume développèrent des opinions analogues.

Philareste Chasles, dans ses "Etudes sur le dix-huitième siècle," est du même avis: "La sentimentalité de Richardson, la tristesse de Young, la chevalerie de Tressan, le parallèlisme de la Bible, composent ce pastiche. L'auteur fit disparaître les Ecossais du quatrième siècle, hommes nus, à demi sauvages, avec un petit bouclier de cuir ou d'écorce, un dard, et des canots creusés dans un tronc d'arbre. Il les remplace par des héros généreux, des filles mélancoliques; il invente des armures d'acier, de grandes fêtes dans des tourelles, dont les murs sont couverts de mousse et de lierre, de jolis vaisseaux traversant la mer, etc."

M. Laing, auteur d'une histoire d'Ecosse, examine non seulement presque chaque ligne de la traduction de Macpherson, mais une foule d'autres ouvrages, anciens et modernes, relatifs à ce sujet, et il arrive à la conclusion que l'ensemble est pris à cent sources diverses, et que ce n'est qu'une espèce de centon.

C'était là, à peu près, le sentiment général lorsqu'un nouveau champion est entré dans la lice, et a cherché à prouver l'authenticité des poèmes d'Ossian, dans une magnifique édition publiée aux frais du Marquis de Bute.[101]

[101] "The Poems of Ossian, in the original Gaëlic, with a literal translation into English," &c., by the Rev. Archibald Clerk, &c. William Blackwood, 1870, 2 vol. gr. in 8º. Le texte gaëlic ou Erse avait déjà été publié en partie, avec la version en prose, 1º, en 1762: "Fingal, an epic poem in six books;" 2º, en 1763, "Temora, an epic in eight books." Il fut publié en entier en 1806.

Dans une dissertation préliminaire de 66 pages, le nouvel éditeur établit d'abord que cette publication renferme des poèmes en partie autres que ceux donnés par Macpherson. "Plusieurs, dit-il, remontent à une haute antiquité, et mon texte ressemble peu à celui de mon prédécesseur, composé de vagues généralités, tandis qu'ici on trouva partout une fraîcheur primitive, un riche coloris, et des détails entièrement gaëliques. Il serait aussi impossible de reconstruire Homère avec la traduction de Pope, qu'Ossian avec celle de Macpherson."