[114] "The Confessions of William Henry Ireland, containing the particulars of his fabrications of the Shakespeare manuscripts, together with anecdotes and opinions of many distinguished persons." 1 vol. 8º, avec fac-similes. London, 1805.

Quoiqu'Allan Cunningham, vrai poète en son genre, ne tienne pas à beaucoup près dans la république des lettres, le même rang que l'adolescent de Bristol, il offre un cas analogue, sauf le fatal dénoûment, et qui montre combien est grande cette tentation de déguisement littéraire.

En 1809, M. R. H. Cromek faisait un pélerinage en Ecosse pour y découvrir de vieilles chansons du pays. Il rencontra à Dumfries le jeune Allan Cunningham, qui gagnait dix-huit shellings par semaine comme maçon, mais qui possédait une connaissance extraordinaire de la poésie populaire de l'Ecosse, en même temps qu'une lecture étendue en ce genre. Il s'essayait même à faire des vers, et produisit quelques morceaux à M. Cromek, que ce critique reçut d'un air de grande condescendance, car il n'avait nul goût pour la poésie moderne. Son ambition était de rivaliser avec l'évêque Percy et Walter Scott, en publiant les œuvres de quelque vieux barde oublié. Le jeune maçon avec la perspicacité de sa race, s'aperçut bien vite de ce faible, et chercha à le satisfaire en apportant à Cromek d'anciennes pièces de vers que celui-ci déclara divins!—"Dites-moi, je vous prie, écrivait-il à un de ses correspondants à Londres, quels sont les noms des anciens poètes de Nithsdale et de Galloway?"

Le correspondant, qui n'était pas disposé à inventer un nouveau Rowley, répondit d'une manière évasive, et les pastiches du jeune homme ignoré furent publiés dans un beau volume, portant sur le titre le nom de Cromek, comme éditeur. Les critiques de la capitale félicitèrent leur confrère de la riche trouvaille qu'il avait faite dans une région stérile jusqu'alors en ce genre. Ce ne fut que plus tard que la ruse se découvrit.

On s'est très rarement occupé en Angleterre de ces supercheries en littérature. Il appartenait à Isaac d'Israeli de donner un résumé de ce sujet, mais il n'en a guère tiré partie dans ses mélanges fort curieux d'ailleurs, et annonçant une vaste lecture. Les quelques pages qu'il y a consacrées, ne contiennent pas même l'indication des sources qu'on pourrait consulter.[115]

[115] Ses trois courts chapitres sur la matière, sont:—1º. Celui sur les imposteurs littéraires; 2º. Celui consacré aux imitateurs remarquables; et 3º. Le chapitre sur les faux littéraires (literary forgeries). Ce dernier est le plus intéressant.

Si chaque genre, à son tour, a son âge d'or en littérature, celui du pastiche et des suppositions d'auteur est incontestablement le dix-neuvième siècle. Le nombre en est si considérable, que nous ne ferons mention que des plus curieux.

En 1803, Barbié de Bercenay et Sulpice Imbert, comte de la Platière, s'amusèrent à publier une correspondance très bien imitée, de Louis XVI. avec ses frères, et plusieurs personnages célèbres, pendant les dernières années de son règne.

M. Beuchot, dans la "Bibliographie de la France," convainquit les plus incrédules que ces lettres, acceptées comme authentiques, étaient supposées.

Les plus habiles critiques sont quelquefois pris au piège du pastiche, mais il arrive aussi que le contraire a lieu, et que c'est le mystificateur qui est mystifié.