Paul Lacroix, le prince des pasticheurs et de la pastichomanie, qui nous a conservé la mention d'une partie des siens,[116] comme documents pour l'histoire du genre, est un exemple du fait. Il publia dans un catalogue, avant que le manuscrit authentique et autographe eut passé dans la bibliothèque de S. A. R. le Duc d'Aumale, que "les historiettes de Tallemant des Réaux étaient évidemment un ouvrage supposé, que M. De Monmerqué, de concert avec Taschereau, qui possède si bien son XVIIme siècle, auraient déterré à la bibliothèque du roi, dans les recueils d'anecdotes de Falconet, ou bien extrait des manuscrits de Conrart, à l'arsenal."

[116] Voir l'Introduction aux Mémoires de Messire Jean de Laval, Comte de Chateaubriand. Genève, 1868. Un vol. in 18º, tirage à cent exemplaires numérotés.

L'écrivain qui inventait un sixième livre de Pantagruel,[117] des Mémoires du Cardinal Dubois, de Gabrielle d'Estrées, etc., etc., n'aurait pas dû se fourvoyer ainsi. Rappelons en passant que la publication de ces Mémoires de Tallemant des Réaux a contribué à laver la tache qu'un autre pasticheur avait imprimée au parlement de Grenoble, pour un arrêt qui fut regardé comme authentique pendant plus de deux cents ans.[118]

[117] Il ne fut toutefois jamais publié que le prologue et le premier chapitre.

Lors de la publication de ce pastiche, un journal de Paris, en annonçant ce sixième livre, disait: La lecture de ce livre inédit convaincra les plus incrédules, qu'il ne peut être attribué qu'au véritable auteur de Pantagruel.

[118] Article Sauvage, tom. iii. p. 93, de l'édit., in 12º, de 1840. Cet arrêt supposé, rendu en 1637, fut inséré par plusieurs jurisconsultes dans les recueils d'ordonnances et dans les commentaires. C'est sur la donnée de cet arrêt qu'a été composé le livre, intitulé, Lucina sine concubitu, par John Hill, qui prit le pseudonyme d'Abraham Johnson. Mercier de Compiègne publia cette plaisanterie en français.

Dans "Les Mémoires de Fléchier" (Paris, Hachette, in 12º, 1862), sur les Grands jours d'Auvergne, en 1669, l'auteur fait mention, à la page 127, d'un cas à peu près semblable à l'arrêt supposé de Grenoble.

L'incorrigible Paul Lacroix publia en 1828 un autre pastiche qui réussit encore mieux que les précédents. Ce fut une lettre de Clément Marot à la sœur de François I, sur le recueil de ses contes, et qui fournissait la preuve des liaisons intimes qui avaient existé entre ces deux personnages célèbres.

Citons encore du même écrivain la traduction de l'ode d'Horace, "Pastor, cum traheret," etc., attribuée au prince qui fut depuis Louis XVIII. Quand elle fut publiée en 1829, on ne doutait pas que ce souverain en fut véritablement l'auteur.[119]

[119] Dans "Les Supercheries Littéraires dévoilées" par Quérard, tome iii. page 9, on trouve de longs détails sur ces pastiches.