M. Fauriel, désireux de contribuer à la réputation de son jeune ami Prosper Mérimée, l'engagea à recueillir et à publier une collection de poésies Illyriennes, qui, disait-il, ne pouvaient manquer de réussir en France, d'après ce qu'il en avait entendu réciter dans le pays. Un an après ce conseil, en 1827, Mérimée fit paraître La Guzla, chants Illyriens d'Hyacinthe Maglanowich.
Rien ne faisait soupçonner le pastiche au public, mais Fauriel ne tarda pas à le reconnaître, et fut très mécontent qu'un ami eut essayé de le prendre pour dupe.
Néanmoins ces originaux supposés eurent un grand succès, et un naïf Allemand non seulement les traduisit en vers, mais il prétendit même avoir su retrouver, sous la version française, le mouvement et le rhythme de l'original.
A cette époque, le mensonge littéraire se rencontrait partout en France, même dans les sermons. Serieys publia à Paris, en 1810, sous le titre de "Sermons inédits de Bourdaloue," deux pastiches assez bien faits de ce célèbre prédicateur.
Presque tous les Mémoires, soi-disant inédits des 16me, 17me et 18me siècles rentrent dans cette catégorie. On commença même à attaquer les anciens auteurs latins, comme l'avait fait Hardouin.
Eugène Du Mesnil voulut établir que le poème de Lucretius Carus, avait été composé par Jean Pontanus, de Naples. Il en donnait quinze différentes raisons.
Nous aimons à croire que ce n'était là, pour M. Du Mesnil, qu'un paradoxe, car pour l'existence de ce poème nous avons le témoignage de Cicéron, de Stace, de Quintilien. Puis on se demande comment Pontanus, voulant faire un pastiche qu'il attribuait à un auteur plus jeune que Cicéron, et de douze ans seulement plus âgé que Virgile, aurait affecté les tournures archaïques familières à Lucrèce, quoiqu'elles ne soient pas étonnantes chez celui-ci, comme le remarque fort bien Bayle.
Plusieurs bibliophiles se donnèrent la peine de défendre l'authenticité du poème de Lucrèce, dans un journal littéraire.[120] On pourrait donner à cette défense le titre de Love's labour lost.
[120] L'Intermédiaire du 29 Juin 1870.
Une supposition d'auteur plus adroite que la précédente, fut celle de M. E. Begin, qui, dans une histoire des rues de Metz, fit intervenir dans son récit Claudius Numatianus Rutilius, et donna la traduction française de deux lettres, supposées écrites par ce poète latin du Vme siècle.