Les lettrés trop crédules admirèrent le zèle infatigable qui avait pu rassembler de pareils trésors.
Simonidès entremêlait adroitement les vrais manuscrits avec les faux. Le Musée Britannique lui en acheta onze exempts de tout soupçon. Ce n'était là, comme nous allons le voir, que préparer habilement ses plans.
Il fit alors une excursion en Allemagne, et il y mystifia un instant des savants tels que Bunsen, Lepsius, et W. Dindorf. Le manuscrit d'Uranios, contenant un fragment de l'ancienne histoire d'Egypte, fut accepté par ce dernier comme authentique, et d'après ses conseils, l'université d'Oxford fit imprimer un spécimen de ce document. Peu de temps après, Lepsius, qui s'était aussi intéressé à cette trouvaille, annonça qu'après un examen plus attentif, il avait reconnu, que le texte de ce manuscrit était pris en partie dans ses propres ouvrages à lui, et en partie dans ceux de Bunsen. Tischendorf confirma cette opinion et démontra de son côté que l'Uranios n'était qu'une fraude littéraire.
Simonidès, qui était parvenu à vendre ce manuscrit à l'Académie de Berlin, pour cinq mille dollars, fut arrêté à Leipsig, au moment où il prenait le chemin de l'Angleterre. On le conduisit à Berlin, où il fut mis en prison et traduit devant une cour de justice. Il échappa toutefois à une condamnation, en conséquence de l'omission de certaines formalités légales, mais néanmoins, le 30 Mars 1856, la police lui donna l'ordre de quitter le pays.
Simonidès revint en Angleterre, et y fit valoir bien haut son acquittement, preuve, disait-il, de son innocence et des calomnies auxquelles il avait été en butte.
Renouant le fil de ses anciens rapports avec les savants du pays, il leur fit entendre qu'il avait connaissance d'une foule de manuscrits précieux, inconnus, dont un était de la main de l'Empereur Théodose!
M. Mayer, zélé Egyptiologue de Liverpool, non seulement lui acheta des pièces fort anciennes, mais encore lui donna accès à son Musée, le priant d'expliquer plusieurs papyri qu'il lui confia.
Par ses conseils, M. Mayer fit publier, à grands frais, avec les explications de Simonidès, un beau volume, contenant entr'autres certaines portions de l'évangile de Saint Mathieu, supposées écrites par Nicolas d'Antioche, sous la dictée de l'apôtre lui-même![129]
[129] "Fac-Similes of certain portions of the Gospel of St. Matthew, and of the Epistles of St. James and St. Jude, written on papyrus, in the first century, etc. etc. Edited and illustrated, by Constantin Simonidès." In fol. London: Trübner, 1862.
Le journal littéraire (Athenæum) examina soigneusement ces pièces, et les déclara fausses. Mais l'audace ou l'ingéniosité de notre grec ne s'effrayait pas si vite.