Il pouvait montrer aux incrédules, disait-il, des documents plus curieux encore. Entr'autres un traité théologique égyptien, écrit sur une peau de femme, au premier siècle! Aussi, un poème grec d'Œnopidès, tracé sur une peau semblable, à la même date!

On peut aisément s'imaginer que tout ceci ne servait guère à augmenter la confiance du public.

Simonidès, ayant eu à subir de très vives attaques du savant Tischendorf, songea à s'en venger d'une manière assez curieuse. Les érudits se rappellent le bruit que fit la découverte, au Mont Athos, du fameux Codex Sinaïticus, ou texte de l'Evangile, par Tischendorf, qui en fit présent à l'Empereur de Russie, et qui exposa l'historique complet de cette découverte dans un petit volume, supérieurement imprimé à Leipsig, sous le titre de "Sinaïbibel, ihre Entdeckung, Herausgabe, und Erwerbung."

Simonidès publia que ce manuscrit n'avait aucune authenticité, puisque c'était lui-même qui l'avait composé. Il expliquait tout au long les circonstances de cette fabrication.[130]

[130] Supplément au journal The Guardian, du 3 Septembre et du 21 Novembre 1863.

Dans une lettre du 17 Janvier, du journal cité ci-dessus, on répondit que Simonidès cherchait à se parer des plumes du paon, et qu'en 1862, il n'avait pas même connaissance du célèbre codex, lorsqu'il en fut question, en sa présence, à l'Université de Cambridge. Alexandre von Humboldt, qui avait suivi toute cette controverse avec grand intérêt, nommait Simonidès une énigme vivante et un nœud gordien insoluble.

En 1867, on annonça, dans les journaux, la mort de notre fameux grec, arrivée à Constantinople; mais deux ans après, le révérend Donald Owen le retrouva à Saint-Pétersbourg, préparant pour la presse "des documents historiques de grande importance, par rapport aux droits du Gouvernement russe."

Comme il lui était arrivé quelquefois de se rendre à lui-même, sous un autre nom, témoignage de l'authenticité de ses pastiches, il n'y aurait pas lieu de s'étonner si Simonidès se présentait de nouveau un jour incognito, comme témoin de l'authenticité de tout ce qu'on lui a contesté.[131]

[131] Gentleman's Magazine, Octobre et Novembre 1865.

Ces fabrications de faux documents mirent la puce à l'oreille des archivistes, à ce qu'il paraît, car M. R. F. Le Men qui remplissait ce poste dans le département de Quimper, accusa M. De la Villemarqué, de faire passer pour vraies des supercheries pareilles.[132] Cet écrivain disait avoir découvert dans une église près de Morlaix, en Bretagne, les poésies d'un ancien poète du pays, Quin-Clan, dont de très courts fragments seulement avaient échappés à la destruction. Ces poésies appartiennent aux 5me et 6me siècles. Ce Quin-Clan était le Merlin des Bretons, sinon le véritable Merlin des romans de chevalerie.[133] Malheureusement ce précieux manuscrit disparut très peu de temps après sa découverte, et ne fut plus jamais retrouvé. Quelque temps après M. de la Villemarqué fit paraître son volume intitulé Barzas-Breiz, ou chants populaires de la Bretagne, dont partie du texte était de pure imagination, dit M. Le Men.