[132] Voir Athenæum, du 11 Avril 1868.

[133] Voir Le Courrier Français, du 28 Octobre 1835; et un article de M. Francisque Michel dans le Foreign Quarterly Review, d'Avril 1836.

Ce qui frappa d'abord le plus notre critique, ce fut l'ensemble et l'admirable suite des Barzas-Breiz. Si quelqu'un avait eu l'idée de présenter, par épisodes, l'histoire complète de la Bretagne, il n'aurait pas pu mieux réussir. Il ne manque pas un chaînon depuis les Druides jusqu'aux Chouans. Cette suite parfaite suscita des soupçons, et un examen critique ne fit que les confirmer. On peut diviser ces chants ou petits poèmes, en deux classes. D'abord les soi-disant contes anciens, tels que La prédiction de Gwenc'hlan, La marche d'Arthur, La submersion de la ville d'Is, Le tribut de Nomenoë, Le vin des Gaulois, lesquels M. Le Men regarde comme de simples fabrications.

Puis viennent les chants dont les prototypes sont bien connus, mais qui ont été modifiés pour leur donner un caractère historique et une apparence d'ancienneté, tels que Les vêpres des Genouilles, et plusieurs autres, où les anachronismes abondent.

Terminons en citant textuellement notre critique, "Depuis vingt ans, j'ai parcouru toutes les parties de la Bretagne, et principalement le Finistère, et j'ai passé bien de jours dans les lieux mêmes où M. de la Villemarqué dit avoir recueilli ses anciennes chansons et poèmes. J'ai pris des renseignements auprès de ceux qui connaissent le mieux les mœurs et les coutumes de la Bretagne, nommément Messieurs P. Proux et Lugel, nos deux meilleurs poètes bretons contemporains, dont la compétence pour juger de chants nationaux, est incontestable. Ils m'affirment qu'ils n'ont jamais rencontré dans la Basse Bretagne les noms de Gwenc'hlan, d'Arthur, de Merlin, de Nominoë, soit dans des poèmes connus, soit dans des traditions populaires.

"J'ai aussi consulté les inspecteurs des écoles primaires qui reçurent l'ordre du ministre de l'instruction publique, de 1851 à 1853, de rassembler les chansons populaires des districts ruraux, et j'ai reçu les mêmes réponses négatives.

"M. d'Arbois de Tubainville, correspondant de l'Institut de France, a demandé des explications, dans la Revue Critique du 23 Novembre 1867; mais l'éditeur des Barzas-Breiz avait jusqu'en Avril 1868, gardé le plus profond silence."

Nous ignorons si des explications ont été données depuis, mais l'accusation nous a paru assez singulière pour n'être pas passée sous silence. Enfin, quand même une grande partie des Barzas-Breiz ne feraient que reproduire l'histoire embellie des poèmes d'Ossian, M. De la Villemarqué, par ses nombreuses publications sur la littérature de la Bretagne, en a ravivé le souvenir, dans une sphère très étendue.

A cette époque l'Angleterre, aussi bien que la France, présentait de ces supercheries sur une assez grande échelle. Citons entr'autres une fabrication systématique des lettres de Lord Byron, de Shelley, et de Keats, qui étonna la ville de Londres, de 1850 à 1852. Ces faux autographes étaient si bien contrefaits qu'ils déçurent tous les collecteurs anglais.

L'éditeur Moxon acheta très cher dans une vente publique, une série de ces lettres, et en publia vingt-cinq, avec une introduction pompeuse du poète Robert Browning.