D'autre part, on ne parle du Pastiche en France que depuis quatre-vingts ans à peine. Si dans le temps où Boileau écrivait au duc de Vivonne ses deux ingénieuses lettres dans le genre de Voiture, et dans celui de Balzac, on l'eût félicité sur la perfection de ces deux excellents pastiches, il eût très probablement dit: "Vous trouvez donc ma double imitation digne des deux épistolaires modèles?"
Nous ne connaissons que quatre auteurs qui se soient spécialement occupés du Pastiche: Ch. Nodier, que nous venons de citer,[1] N. Chatelain,[2] le marquis du Roure,[3] et Quérard.[4] Gabriel Peignot en a parlé, mais sans entrer dans les détails.
[1] Questions de littérature légale.
[2] Pastiches et imitations libres du style de quelques écrivains du 17me et du 18me siècles.
[3] Réflexions sur le style original (gr. 8º, tiré à soixante exemplaires).
[4] Supercheries littéraires, 5 vol., 8º. Nous avons aussi consulté avec utilité les Curiosités littéraires, de M. Lalanne.
Quérard, complétant le travail de Nodier, a consacré un chapitre de l'Introduction à ses Supercheries, aux imposteurs en littérature. Il y traite des concessions littéraires, des usurpations de réputation, des ouvriers littéraires à façon, des impostures de certains libraires-éditeurs, du pastiche, etc.; et il donne une liste curieuse, quoiqu'incomplète, des bibliographes qui se sont occupés des pseudonymes et des ouvrages sur le plagiat.
Le marquis du Roure, qui nous offre des pastiches des plus célèbres écrivains français, est d'opinion que l'on contrefait sans peine quelques défauts de style, mais qu'il faut de rares qualités pour imiter des perfections: "De là vient, ajoute-t-il, la facilité avec laquelle le parodiste et le faiseur de pastiches copient la manière spéciale des écrivains dits originaux, tandis qu'ils ne peuvent qu'à grande peine atteindre les auteurs modèles."
En effet, il faut avoir les reins bien forts, dit Montaigne, pour entreprendre de marcher de front avec ces gens-là.
Dans le court avant-propos des pastiches de Nicolas Chatelain, il fait observer à juste titre, qu'il faudrait, ce qui est bien impossible, que chaque fois qu'un imitateur quelconque s'attache à copier un modèle, il revêtît l'organisation de l'auteur; qu'il devînt tour à tour Bernardin de St Pierre, Voltaire, Madame de Sévigné, etc.