M. Chatelain, pour ménager à la sagacité du lecteur, dans son volume de pastiches, un plaisir assez piquant, y a glissé des pages des originaux, ce qui prouvera, dit-il, que quoi que l'on fasse, on demeure toujours à neuf cents lieues d'un cap, qu'on avait follement essayé d'atteindre, comme l'a si bien exprimé Madame de Sévigné.[5]
[5] Nous retrouverons plus loin M. Chatelain commettant bien d'autres pastiches, mais qu'il n'avoue pas cette fois-ci.
Il appartenait à un écrivain si exercé en ce genre, de disserter in extenso sur la théorie. Malheureusement la préface de son livre ne fournit aucun renseignement.
Un esprit paradoxal dirait que le pastiche et la supposition d'auteur remontent bien au delà du Christianisme; il y a même plus d'un traité sur les livres antédiluviens.
Les Gnostiques avaient fabriqué des Révélations qu'ils attribuèrent à Adam.
Les Sabéens prétendaient qu'il avait composé des livres existant encore, sur la culture de la terre.
Le Livre d'Enoch a joui pendant des siècles d'une haute autorité. Le savant Allemand H. Ewald a prouvé que c'était la compilation d'un juif qui vivait près de cent ans avant l'ère chrétienne.
On pourrait facilement prolonger la liste de ces supercheries que les Grecs continuèrent à mettre en pratique.
La vie d'Homère, attribuée à Hérodote, forme évidemment une suite d'aventures imaginées pour rendre compte de la possibilité des deux épopées placées sous son nom. Il n'existe plus guère de doute aujourd'hui, que ce nom a été pour les Grecs l'occasion d'une fable pareille à beaucoup d'autres. Emile Burnouf montre qu'il signifie simplement arrangeur, et personnifie en quelque sorte la fonction ordinaire des Rapsodes.[6]
[6] Histoire de la littérature grecque, tome i. p. 92.