Julii (sic) César au Chief des Gaulois.

"J'envoy devers toy un mien amé qui te dira le but de mien voyage; je veus covrir de mes soldats la terre qui t'a veu naistre. C'est en vain que tu la vouldras défendre. Tu es brave, je le say, mais aussi le serai, s'il plaist aux Dieux. Ains rend moy tes armes, ou prépare toy à combatre. Ce vi. des Kal. de Jullius."[136]

[136] L'écriture des originaux imite celle du dixième ou du onzième siècle, et Lucas disait qu'il ne les avait donnés que comme traduction d'antiques documents détruits.

On comprend aisément que ce ne fut que tout à la fin que ces dernières merveilles se produisirent. Les lettres des savants de France et d'Italie étaient composées avec adresse. Le fabricateur, Vrain Lucas, qui n'avait reçu qu'une demie éducation, et qui ne savait ni le grec ni le latin, se gardait bien de les tirer de son imagination. Il copiait ses phrases dans les ouvrages de ceux qui faisaient l'objet de ses pastiches, ou sophistiquait légèrement les originaux existants.

La confiance inspirée par le mérite éminent du collectionneur, et le respect imposé par son caractère, peuvent, jusqu'à un certain point, contribuer à excuser l'erreur dans laquelle l'Académie des Sciences est tombée.

L'affaire ayant été portée devant les tribunaux, les experts trouvèrent plus de vingt-sept mille de ces pièces, émanant de six cent soixante personnages célèbres.[137] L'ensemble des circonstances exposées dans le procès, sert à expliquer comment la discussion sur ces pastiches a pu durer deux années, comment les bulletins des Comptes-rendus leur ont accordé plus de 400 pages, et comment cette société savante a pu déclarer authentiques 381 pièces fausses.

[137] De Pascal, 1745; de Newton, 622; plus de trois mille de Galilée; six cents de Montaigne, etc. Jamais le stupide aveuglement d'un amateur d'autographes a-t-il été poussé jusque-là?

Vrain Lucas ne fut condamné qu'à deux ans de prison et 500 francs d'amende.

Cette affaire, où il reste encore de nombreuses obscurités à éclaircir, sera pour l'avenir l'une des plus extraordinaires des supercheries littéraires et de la manie des autographes poussée jusqu'à la folie.[138]

[138] Deux ouvrages donnent tous les détails désirables: 1º, Une Fabrique de Faux Autographes, ou Récit de l'Affaire Vrain Lucas, par Henri Bordier et Emile Mabile, 1 vol. 4º. Paris: Techener, 1870. 2º, "Défense de B. Pascal," etc., etc., par Faugère, 1 vol. 4º. Paris: Hachette, 1868.