[163] "Réflexions sur le Style Original."
Ce livre est extrêmement rare, n'ayant été tiré qu'à soixante exemplaires pour être distribués aux personnes dont le nom est imprimé en tête de chaque exemplaire.
"L'originalité, dans l'acception littéraire, ne saurait être un mérite en soi, dit l'auteur, car elle tient souvent à certains défauts de l'écrivain, à ce qu'on nomme dans les arts, soit de l'esprit, soit de la main, la manière. Il perd ou néglige la trace des vrais modèles, pour faire autrement qu'eux.
"De là vient que les pastiches les plus habilement dessinés, déguisent les beautés de l'original, au lieu de les reproduire, parceque ces pastiches, étant faits d'après des parties saillantes, c'est à dire, défectueuses, réunissent en faisceau des défauts qui, dans le type, sont du moins entremêlés de beautés véritables."
Voici son opinion sur La Bruyère: "Des ridicules extérieurs, et souvent des circonstances puériles, choisis de préférence, pour représenter un caractère; l'affectation de terminer ses tableaux par un trait inattendu, des réticences, des détours, des oppositions de mots; enfin, ce style prophétique qu'il faut souvent deviner, comme le disait Boileau, du style de La Bruyère, voilà ce que j'ai imité. Il y a de tout cela chez le peintre des Caractères, mais ce n'est pas là ce qu'on admire dans le portrait d'Irène, au chapitre de l'homme; dans celui d'Antisthène, au chapitre jugements; dans celui d'Emire, au chapitre des femmes; en un mot, ce n'est pas là ce qui met La Bruyère au premier rang des moralistes et des écrivains."
Après le pastiche d'après J. J. Rousseau, il ajoute:
"On peut reconnaître dans l'auteur de l'Héloïse à la multiplicité des antithèses, à des sentiments paraphrasés, enfin à un certain arrangement artificiel de mots, que son feu part de la tête, plutôt que de l'âme; qu'il ne se perd pas de vue dans ses plus fortes émotions; enfin qu'il est encore sophiste dans ses épanchements, et c'est par là que nous l'avons trouvé soumis aux contrefacteurs."
Ces remarques sont très propres à bien faire comprendre la théorie du pastiche, comme amusement littéraire.[164]
[164] Si dans les exemples qui suivent, le pastiche a souvent la forme, soit de la parodie, soit du centon, c'est qu'il est souvent difficile d'éviter la confusion des trois genres. C'est ainsi que Théodore Zuinger, dans son vaste travail encyclopédique intitulé "Theatrum humanæ vitæ" (5 vol. in fol.), les fait descendre tous, des rapsodes grecs: "Epici olim, dit-il, sua carmina recitabant et interpretabantur, donec rapsodi hoc munus invasêre, et Homeri primum, mox cæterorum poetarum illustrium simias se professi sunt, et ex iisdem centones consuerent. Digressis enim rapsodis et recitationem intermittentibus, lusus gratiâ, prodibant parodi qui omnia à rapsodis pronunciata, cum risu, inverterent, et præter rem seriam propositam, alia ridicula subinferrens. Ergo ut satyra ex tragœdia, mimus è comedia, sic parodia et centones, de rapsodia nati sunt."
Une brochure de 52 pages, publiée à Lyon, en 1810,[165] y occasionna quelque scandale, comme pastiche d'un véritable compte-rendu, mais où l'on avait imité le style, et entremêlé des remarques et des réflexions d'une critique très plaisante, sur les compositions littéraires de plusieurs auteurs Lyonnais de l'époque, prosateurs et poètes.