"Souvent aux rayons de la lune qui alimente les rêveries, au bord du ruisseau où les blanchisseuses de mon pays rendent à leur linge sa blancheur première, je croyais voir le Génie des souvenirs assis pensivement à mes côtés. Triste, mollement étendu sur une botte de paille, ressemblant à un jeune homme assis sur les bords d'un volcan, je voulais entretenir ceux qui m'environnaient; toutes mes promenades étaient muettes. Vastes déserts des hommes, bien plus tristes que ceux des bois, vous ne disiez rien à mon cœur. La parole distraite se perdait sur ma langue immobile. Une grande âme doit contenir plus de chagrin qu'une petite, et je n'étais occupé qu'à rapetisser ma vie."
Un jour Chactas veut mourir, mais une lettre d'Atala le sauve.
"Je disais au monde un éternel adieu, quand j'aperçus venir de loin le facteur du village, semblable au Génie des airs, secouant sa chevelure bleue, embaumée de la senteur des pins; il s'avançait, heureux messager.
"Que me remit-il? une lettre d'Atala! à moi, qui depuis des siècles ne lisais plus pour m'amuser, qu'Homère et la Bible; qui cherchais à fondre dans les teintes du désert, et dans les sentiments particuliers de mon cœur, les couleurs de ces deux grands et éternels modèles."[168]
[168] Ce pastiche a de la ressemblance avec la critique qu'on trouve dans "Saint Géran, ou la nouvelle langue française," et dans "La suite de Saint Géran, Itinéraire de Lutèce au Mont Valérien," ouvrage dont nous avons parlé dans l'Essai sur la Parodie. Toutefois ceux-ci rentrent plutôt dans la classe des centons, que l'Itinéraire de Pantin, où l'on imite le style et les formes de langage, sans copier toujours les phrases mêmes.
Parmi les innombrables académies que vit briller l'Italie, se distingue celle des Arcades. Les membres cultivaient beaucoup le pastiche. Un d'eux, savant recommandable à bien des titres, Valperga de Caluso, fit imprimer à Turin, en 1813, deux épîtres d'Horace, adressées à l'Empereur Auguste. Dans la première, l'auteur déplore la mort de Mécène; l'autre est une espèce de protestation contre certaines théories littéraires. La prudente loyauté de Valperga s'épargna la supposition, si commode et si commune, d'un vieux manuscrit récemment découvert, et ne se cacha point d'avoir composé un pastiche que l'on était disposé à croire authentique, tant il était bien fait.[169]
[169] Voir "Une imposture littéraire," page 24. Nous avons déjà cité cette rare plaquette.
Dans les premières années de ce siècle, M. Ménégault publia sous le nom d'Angélique Rose Gaetan, un pastiche, tour de force original. Les 522 vers dont se compose le Mérite des femmes, par Legouvé, sont appliqués, avec identiquement les mêmes rimes, au Mérite des hommes.[170]
[170] Ce poème de Legouvé a souvent été soumis à la critique des pastiches et des parodies, tels que Le Démérite des femmes, par Pelletier; le Mérite des femmes travesti, etc. etc.
"La raison de ceci, dit malicieusement l'avant-propos, c'est que n'ayant pu trouver un dictionnaire de Richelet, dans tout mon département, et n'étant guère maîtresse de la rime, j'ai tout uniment suivi celles du Mérite des femmes."