Le lecteur a vu, dans la première section, des pastiches pris pour des compositions anciennes, mais qu'un écrit auquel l'auteur a mis son nom, soit regardé comme l'œuvre d'un antique grammairien, c'est ce qui est plus rare. Boissonnade, en rendant compte, dans ses Mêlanges, de la traduction en prose de l'Iliade, par le Prince Lebrun, raconte que le traducteur mit à son livre un discours préliminaire en grec, qui aurait fait beaucoup d'honneur à un helléniste de profession, et que, trompé par l'archaïsme de ce morceau, un anglais écrivit une dissertation pour prouver que c'était là évidemment une composition antique.

La même chose aurait pu facilement arriver à M. Victor Leclerc lorsqu'il publia en grec de bon aloi (en 1814), son poème grec de Lysis, trouvé sous les ruines du Parthénon, et traduit en vers français décasyllabes; mais il avoua qu'il en était l'auteur, à ses amis, et joignit au poème, une traduction en vers du Pervigilium Veneris.

En France, Rabelais et Montaigne ont très souvent été le sujet de pastiches, comme on a pu le voir ci-dessus; donnons-en encore deux exemples de notre époque.

Ch. Nodier, dans l'Histoire du Roi de Bohème, à l'article Navigation, décrit ainsi la position de Tombouctou:—

"... Des Tombuctiens rien ne vous sera présentement narré en ceste magnificque et seignieuriale histoire, que ne treuviez jà grabelé aux livres de Navigaige. Toutesfois n'en croyez mie ce fol ravasseur de Claude Ptolémée géographe, car il ne dégoise de Tombouctou que gaffes, bourdes, trupheries, gaberies Lucianicques, et phantasies abhorrentes à nature, telles que hommes cacamorphes et Siléniens à la queue de six empans. Mercy de dieu, que n'en avez vous de tant suppellative amplitude, vous aultres paillards de plat païs. Tombuctiens sont gens à priser entre tous humains, frisques, guallants, coquarts, bien advenants en leur maintien, bien advantagéz en nez, idoines à tous jeux plaisants, bons rencontres et honnestes devis, et voulentiers aymants mieulx cent messes dictes, qu'un voyrre de vin bu.

"Au demourant, féaulx subjects, beaux payeurs d'imposts, et furent aussy bons chrétiens que le fustes oncques."

Quant à Montaigne, le comte de Peyronnet, un des ministres de Charles X. en fit un pastiche des mieux réussis, durant son imprisonnement.[171]

[171] Pensées d'un prisonnier. 2 vol. in 12º. Bruxelles: Dumont, 1834.

Ce livre plein d'une noble philosophie pratique, et d'un style pur et correct, sera toujours lu avec plaisir.

"Au temps que je fis un précédent chapitre sur la solitude, poinct ne m'advisai-je que c'estoit une thèse double, et un subject à deux faces. De la volontaire, bien argumentai-je assez pertinemment et abondamment. De l'involontaire, je n'en dis mot, et ne scais pourquoy. Si est ce que la dernière a bien aultrement besoing d'admonition et de rencofort.