Deux fois la plume facile de Jules Janin s'est exercée, avec succès, à cette sorte de plaisanterie, dont la difficulté augmente en raison de la longueur des œuvres que l'on imite.

"L'âne mort et la femme guillotinée," est un pastiche-critique sanglant des romans à sensation, et il en développe le motif dans sa préface: "Je dois à la critique, pour m'excuser de l'affreux cauchemar que je me suis donné à moi-même, d'expliquer que, pour n'être pas dupe de ces émotions fatigantes d'une douceur factice, dont on abuse à la journée, j'ai voulu m'en rassasier une fois pour toutes, et démontrer invinciblement aux âmes compatissantes, que rien n'est d'une fabrication facile, comme la grosse terreur. Dans ce système, il faut voir avec les yeux du corps, bien plus qu'avec ceux de l'esprit, pour être dans le vrai. Ainsi je choisis par exemple un vaste emplacement ténébreux, sur le bord d'un précipice, ou sur le haut de quelque montagne; je creuserai autour un large fossé que le temps a rempli d'une boue noire et verte; sous ce fossé je placerai une prison féodale aux murs suintants, où je logerai à mon gré des forçats, des sorcières, des bourreaux, des cadavres, et autres agréables habitants bien digne de cet Eden."

L'autre pastiche de J. Janin était plus audacieux, car il faut avoir les reins forts pour imiter Denis Diderot, le père de Jacques le Fataliste et de l'Encyclopédie. Et cependant le volume, où il raconte les dernières années de la vie du Neveu de Rameau, est, pour l'imagination et pour le style, d'une vérité qui fait illusion d'abord. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi de le citer ici, au lieu de le placer au rang des suppléments d'auteur.

Dans aucun de ceux-ci les écrivains ne se sont astreints à une aussi rigoureuse imitation du style de leurs modèles; ce qui en fait un véritable pastiche,[174] et en même temps un livre qu'on lit avec plaisir, jusqu'à la dernière page.

[174] La fin d'un monde et du Neveu de Rameau. 1 vol. in 12º. Paris: Collection Hetzel, 1861. Cet ouvrage est épuisé depuis longtemps.

Tout le monde sait le bruit que fit en 1807, la découverte de P. L. Courier, dans la Bibliothèque Laurentienne, à Florence, d'un manuscrit de la pastorale de Longus. Il contenait un passage assez long, resté jusqu'alors inconnu.

P. L. Courier fit tirer en 1810, soixante exemplaires seulement de la version d'Amyot, de cette pastorale, dans laquelle il introduisit une traduction du fragment nouvellement découvert, pastiche si parfait du premier traducteur, que très peu de lecteurs pourraient reconnaître l'interpolation sans avoir été prévenus.

Rappelons aussi un pastiche à peu près du même genre, composé par un autre érudit du premier ordre.

M. Littré, voulant montrer que le français du 12me siècle était plus capable de reproduire Homère, dans une langue plus conforme au génie de l'antiquité, que le français moderne, traduisit le premier livre de l'Iliade, dans le français de cette époque. C'est un ingénieux tour de force.[175]

[175] Voir "La Poésie Homérique et l'ancienne Poésie Française," dans la Revue des deux Mondes, du 1er Juillet 1847.