Ces sortes de fabrications destinées à noircir des adversaires, ont été réduites en un art pareil à celui de la logique, dit D'Israéli, dans deux articles de ses Curiosities of Literature.[9]
[9] Political Forgeries and Fictions. Political Nicknames.
L'adresse consisterait à faire considérer ces faux, comme servant d'autorité historique.... Pretium non vile laborum. Rappelons encore pour mémoire, entr'autres la lettre supposée qu'Abgar, roi d'Edesse, en Mésopotamie, aurait écrite à Jésus-Christ, d'après Eusèbe de Césarée, et la réponse du Sauveur, en langue syriaque. Elles étaient conservées en original, dans les archives d'Edesse, où Eusèbe en fit une traduction grecque. Dans la même classe est la lettre de Ponce-Pilate sur la vie du Christ, et celle envoyée au Sénat Romain, par Publius Lentulus, Proconsul de Judée.[10] De très bonne heure les Chrétiens suppléèrent par des pastiches à la perte de documents connus. On savait que Saint Paul avait envoyé une épître aux Laodicéens. Comme elle se perdit par la suite, on la remplaça en imitant le style des autres écrits de l'Apôtre.
[10] Croirait-on possible en 1871, qu'un auteur nous rapporte, comme authentique, qu'en 1820 les commissaires de l'armée française en faisant des fouilles dans l'ancienne cité d'Aquila, au royaume de Naples, découvrirent dans un vase antique de marbre blanc, une plaque en cuivre contenant inscrite la condamnation de Jésus!
Voir The Truth of the Bible, par le reverd. Bourchier Wrey Saville.
Saint Jérome, Saint Augustin et Lactance, n'ont-ils pas regardé presque comme authentique la fameuse correspondance qui aurait eu lieu entre Saint Paul et Sénèque le philosophe? Le texte de cette correspondance existe encore. Devenue suspecte depuis le grand dénicheur de traditions, Didier Erasme, elle est aujourd'hui apocryphe, de l'aveu de tout le monde.[11]
[11] Voir Ch. Aubertin, Etudes critiques sur les rapports supposés entre Sénèque et St Paul. Paris, 1857. 8º.
Ne passons point sous silence une composition d'une longue étendue, "L'Histoire du Combat Apostolique," publiée sous le nom d'Abdyas, évêque de Babylone. L'auteur est resté inconnu, mais il y en a une version latine, et le traducteur porte le nom imaginaire de Jules l'africain. On ne finirait pas à citer toutes ces fraudes. Non seulement on substituait des ouvrages altérés aux véritables, ou on prétendait avoir retrouvé des livres perdus, mais on en créait qui n'avaient jamais existé. Les écoles d'Alexandrie et de Pergame étaient les officines où s'élaboraient sans cesse ces produits d'une érudition vouée au mensonge.[12]
[12] On trouve d'intéressants détails sur ce sujet dans l'ouvrage de A. Chassang, "Histoire du Roman dans l'antiquité grecque et latine," etc. 1 vol. 8º, page 83, et suiv. Paris, 1862.
Le canon de Muratori, qui est de la fin du second siècle, met en garde contre ces fraudes, produits d'un zêle mal-entendu.[13] Quelques savants prétendent que Philon de Byblos, auteur de cette époque, avait réuni ainsi des ouï-dire historiques et mythologiques, pour en composer l'œuvre du Phénicien Sanchonioton que Philon dit avoir traduite du grec.[14]