On agita souvent, au 17me siècle, la question de savoir si l'histoire d'Alexandre le Grand, par Quinte-Curce, était vraiment de cet auteur. Gui Patin, dans sa 212me lettre (édit. de Reveille-Parise) rapporte qu'un de ses régents lui avait dit que l'auteur de ce livre était un savant italien, qui l'avait composé il y a environ trois cent ans.
Le Père le Tellier pense que le silence, que les anciens ont gardé au sujet de Quinte-Curce, est un motif pour croire que c'est un ouvrage moderne. Bayle, dans son Dictionnaire, n'est pas de cette opinion, mais il l'appuie d'une bien faible raison: "Comme cette histoire est belle et bien écrite, dit-il, on a tort de croire qu'un auteur du moyen-âge l'ait composée."
Ce point d'histoire n'est encore nullement éclairci, car on ne compte pas moins de treize opinions sur le temps où vécut Quinte-Curce. La plus probable est celle qui fixe cette époque au premier siècle de l'ère chrétienne.
Vigneuil Marville pense (Mêlanges, tome ii. p. 302) qu'il est peu probable qu'un écrivain, qui aurait fait un livre capable de l'immortaliser, s'il s'était fait connaître, ait bien voulu sacrifier sa gloire, à celle d'un Quinte-Curce imaginaire.
Nous croyons qu'un des plus anciens suppléments de cet auteur fut composé par Christophe Bruno, moine de Bavière. D'autres suppléments ont été copiés sur un manuscrit de l'abbaye de Saint-Victor, par les frères Masson, assez connus des savants, mais ils n'en ont point découvert l'auteur.
Scaliger les attribuait à François Pétrarque.[184]
[184] Voir à ce sujet "Bibliothèque Choisie" de M. Colomiès. Paris, 1731, un vol. 8º, page 256.
Ceux de Jean Freinsheim sont les plus célèbres. Le savant allemand se proposait de combler les lacunes de nombre d'auteurs anciens. Il commença par Quinte-Curce, et de tous ses compétiteurs, il est celui qui rappelle le mieux la manière de l'original.
Plusieurs fois on avait cru avoir retrouvé les décades qui manquent à l'histoire de Tite-Live, malgré l'ordre du Pape Grégoire I, de faire brûler tous les manuscrits qu'on trouverait de cet auteur, sous prétexte des superstitions que contenaient ces décades.[185] Freinsheim résolut de reproduire les décades perdues, et il en acheva soixante livres, qui lui valurent une grande renommée.
[185] Colomiès, page 40 de sa Bibliothèque Choisie, ajoute à ces renseignements que ce fut ce même Pape qui fit brûler les manuscrits d'Afranius, de Nævius, d'Ennius, et d'autres poètes latins, dont il ne nous reste que quelques fragments.