Rollin pensait que la réussite était si étonnante, que de pareils suppléments auraient consolé le public de la perte des ouvrages de l'antiquité, que le temps avait dévorés. Toutefois ce travail d'imitation n'est pas égal partout, dit la critique. Après le 44me chapitre du livre lxii., le pastiche est moins heureux. Freinsheim nous apprend lui-même qu'il trouva la tâche trop laborieuse. "Renonçons, dit-il, à jouer plus longtemps un rôle que nous ne pouvons plus soutenir; avouons le temps où nous vivons et le nom de Jean Freinsheim que nous portons."
Les suppléments de Tite-Live ne sont pas aussi estimés que ceux de Quinte-Curce.[186]
[186] Doujet réunit les 95 livres de Tite-Live dans une édition à l'usage du Dauphin.
Depuis Freinsheim, Ch. Cellarius, en 1688, a donné des suppléments de ce dernier auteur latin, que Fabricius trouve concis et élégants. Christian Juncker en a fait paraître encore de nouveau, à Dresde, en 1700.
Le zèle et le savoir, pour compléter ce qui nous manque des anciens auteurs latins, ont excité, avec un égal succès, les savants de la France et de l'Allemagne.
Charles de Brosses a eu pour Salluste la même passion que Freinsheim pour Quinte-Curce. Rassemblant des centaines de fragments de cet auteur, et comblant les lacunes, il en a formé un tout homogène complet. "C'est, sans doute, un assez singulier projet, dit La Harpe, et qui demande toute la constance d'un érudit, que de réunir en un tout régulier, des fragments informes qui nous restent de Salluste.[187] Ce qui est surtout digne d'éloges, c'est la profonde connaissance que De Brosses montre partout, de l'histoire, des écrivains et des mœurs de Rome. Il semble y avoir vécu, et être entré dans le secret des acteurs qu'il met en scène."
[187] Salluste, Histoire de la République romaine dans le cours du 7me siècle, en partie traduite du latin sur l'original, en partie rétablie et composée sur les fragments qui nous restent de ses livres perdus. Dijon, 1777. 3 vol. 4º.
Villemain déclare qu'au dessous de Bossuet et de Montesquieu, il n'y a pas en français, un plus beau fragment d'histoire ancienne, que cette restauration d'après l'antique, et proclame le Président De Brosses un de ces hommes rares qui doivent être placés les premiers, après les hommes de génie.
Le 4me volume devait contenir le texte de l'histoire rétablie, avec les suppléments en latin. Le manuscrit en était achevé, quand De Brosses mourut. Ce manuscrit fut communiqué au jésuite Gabriel Brotier, qui n'en approuva pas la publication. Tout fait croire qu'il est perdu.
Tacite eut son tour, et ce fut le savant que nous venons de nommer, qui eut la hardiesse de vouloir remplir les lacunes de l'historien romain, hardiesse qui fut heureuse, au jugement de la plupart des savants de l'Europe.[188]