[188] Néanmoins M. Edme Ferlet, dans ses "Observations sur les Histoires de Tacite," 2 vol. 8º, Paris, 1801, a fait une critique violente du travail de Brotier. Il est fâcheux que, lorsqu'il peut avoir parfois raison au fond, il ait toujours tort par la forme.
On sait que le Dialogue des orateurs (qui a été contesté à Tacite, mais qui est probablement de lui) a d'assez longues lacunes. Nous n'avons ni le commencement ni la fin du discours de Maternus, et celui de Messala laisse aussi beaucoup à désirer. G. Brotier a cherché, par d'ingénieux efforts, à suppléer ce qui nous manque, et il a conjecturé habilement les arguments de Messala.[189]
[189] Ce Dialogue des orateurs est l'examen de la question de préséance des anciens orateurs ou des modernes, question agitée de nouveau violemment, et généralisée sous Louis XIV.
Voir "Histoire de la Querelle des Anciens et des Modernes" par Hippolyte Rigault. Paris, 1856, un vol. in 8º.
Parmi ceux qui ont le mieux réussi dans ces suppléments aux poètes latins anciens, on doit ranger Thomas May, tour à tour au service de Charles I d'Angleterre et du parlement de Cromwell.
Il fit paraître en anglais (1630), puis en latin, la Pharsale de Lucain qu'il conduisit jusqu'à la mort de César.
Ce travail se recommande par le mérite du style et par l'invention; Johnson en faisait beaucoup de cas, et il fut annoté et réimprimé plusieurs fois. On l'a traduit en français en 1816 et en 1819.
N'oublions pas une autre continuation moins connue et très curieuse, par un maître d'école écossais du nom de Robert Forbes, qui publia à Edimbourg, à l'imprimerie de R. Fleming, en 1750, une "Suite de la Satire de Boileau sur la Ville de Paris."
Dans un avant-propos au lecteur, Forbes dit qu'il n'a pas la présomption de lutter avec Boileau, mais qu'il veut seulement l'imiter.
"D'ailleurs, ajoute-t-il, comme j'ai vu Paris avec d'autres yeux que n'a fait cet auteur, et que ne fait tout Papiste, j'ai cru que cette ébauche pouvait entrer à la suite de la satire."