Il était beaucoup plus simple que Richelieu ne le supposait, mais il reposait sur cette étude intime du cœur humain et des petits secrets de la cour, dont le père Joseph s'appliquait sans cesse à tenir tous les fils.
Sa conduite étrange vis-à-vis de Philippe était elle-même une des conséquences rigoureuses de sa logique. Il avait craint que le cardinal, attiré vers ce jeune homme par une sympathie mystérieuse, ne voulût faire de lui son confident exclusif. Il n'avait vu en lui qu'un rival, qui pouvait lui disputer les bonnes grâces du maître. Car il était aussi jaloux de la faveur du cardinal que le cardinal de celle du roi.
Il n'avait pas voulu que la tête de ce jeune homme tombât sur la promesse de Richelieu au monarque, c'eût été par trop monstrueux.
Le retour de Philippe pouvait opérer cette résurrection; il avait décidé que ce retour aurait lieu.
Il était rassuré d'ailleurs sur le caractère de ce jeune homme; c'était un cœur trop droit et trop indépendant pour faire un intrigant ou un ambitieux.
Mais quel moyen avait-il donc trouvé?
Depuis la mort de son père, Henriette Duchesne avait été adoptée par la reine Anne d'Autriche, comme elle l'avait été naguère par Marie de Médicis. La pauvre enfant était tombée dans une grande mélancolie.
Ce fut à elle que le père Joseph s'adressa. Il lui parla peu de son père mort, mais beaucoup de son amant exilé. Habile négociateur, il fit plus, il mit à profit l'intérêt de la jeune reine pour la jolie orpheline; il manœuvra si bien, en un mot, qu'un jour un billet parti du Louvre arriva à Bruxelles, à l'adresse de Philippe de Champaigne:
«Ami, lui disait Henriette, vous savez de quel surcroît de douleur le sort m'a frappée. Mon père n'est plus. Sa mort m'a rendue libre, et ses dernières paroles m'ont enjoint de réparer les torts qu'il aurait pu commettre. Il en eut de grands envers vous.
«Ami, me voici seule comme vous, sur la terre. Ne vous reverrai-je plus?...»