— Pour moi, dit-elle tranquillement, je ne vois pas ce que les chemins de fer, la télégraphie électrique et la photographie ont ajouté à ma félicité… Le sifflet du chemin de fer m'agace jour et nuit;… le télégraphe m'inquiète horriblement toutes les fois qu'il m'apporte une dépêche sous prétexte de me rassurer,… et la photographie m'enlaidit… Mais vous me direz que je suis une aristocrate et une privilégiée, qu'il s'agit du bonheur de l'humanité en général, et non de ma petite commodité particulière… Eh bien, même à ce point de vue, mon ami, je suis fâchée de vous dire que les bienfaits de la science me paraissent fort équivoques, et je suis convaincue que dans le temps passé, et surtout au moyen âge, puisque vous en parlez, les masses, comme on dit, étaient beaucoup plus heureuses qu'à présent.

— Ah! madame, dit Gandrax, souffrez que je boive à votre chère santé!

— J'en suis convaincue, répéta madame de Guy-Ferrand: c'est mon sentiment!

— Votre sentiment!… Voilà bien les femmes!… Mais donnez une raison!

— Eh bien, au moyen âge d'abord il n'y avait pas de savants!

— Je vous demande pardon, madame: seulement on les brûlait!

— C'était bien fait! s'écria madame de Guy-Ferrand, encouragée par les rires des convives. Ensuite,… ensuite le moyen âge était un temps poétique et charmant!

— Hélas! chère madame, si vous pouviez ressusciter un des heureux mortels de cet âge poétique et charmant et le faire asseoir au banquet de la vie moderne, il se croirait en paradis!

— Non! reprit madame de Guy-Ferrand avec feu… Il dirait: Qu'on me ramène aux carrières,… qu'on me ramène à mes misères et au Dieu qui m'en consolait!

Sibylle, qui écoutait cette discussion en échangeant des sourires avec son voisin Raoul, applaudit d'un signe de tête aux dernières paroles de madame de Guy-Ferrand. Raoul s'empressa d'épouser la thèse que paraissait favoriser mademoiselle de Férias. Il éleva aussitôt la voix: