— Des fresques! dit-il, soit: je souscris aux fresques;… mais il faut songer, mon enfant, que le Pactole ne roule point dans mon parc… Voyons, j'ignore, moi, le prix des fresques… Vous accommoderez-vous bien de trois ou quatre mille francs?

— Ce n'est pas tout à fait assez, dit Sibylle.

— Mettons-en donc huit, mais n'allons pas plus loin, car encore faut-il garder quelque chose pour le pavé en mosaïque que je vois poindre à l'horizon.

Depuis son retour à Férias, Sibylle entretenait une correspondance assidue avec la jeune duchesse de Sauves, qui lui était demeurée ardemment dévouée. Le nom du comte de Chalys ne figurait jamais dans leurs lettres; mais, sauf cette réserve, une confiance absolue régnait entre elles, et Blanche mettait un empressement tendre à s'acquitter de tous les petits messages de son amie. Sibylle, dès qu'elle eut conquis ses huit mille francs, se hâta donc d'écrire à la duchesse, elle l'informa de ses projets, lui fit une description métrique de son église, et la pria de lui découvrir quelque jeune artiste qui n'eût encore d'autre richesse que celle du talent, et à qui l'allocation fixée par M. de Férias pût paraître une bonne fortune.

Blanche était installée au château de Sauves depuis un mois environ quand elle reçut cette lettre de Sibylle; après y avoir réfléchi un moment, elle eut une pensée féminine qui la fit sourire: elle remit la lettre sous enveloppe, y joignit deux lignes de sa main et adresse le tout au comte de Chalys, qui avait lui-même établi sa résidence d'été dans les environs de la forêt de Fontainebleau, où il vivait fort retiré. Raoul ne reconnut pas sans surprise l'écriture de la jeune duchesse, dont le billet contenait ces mots:

"Mon cousin, voici une chose qu'on me demande, à laquelle vous vous connaîtrez mieux que moi. Aussitôt que vous aurez découvert le jeune homme, prévenez-moi.

"Blanche."

Deux jours après, Blanche recevait du comte la réponse suivante:

"Ma cousine,

"Le jeune homme est trouvé, il partira dans une quinzaine. Dites qu'on veuille bien faire préparer les murs, les enduits et tout ce qui n'est pas besogne de peintre. Ci-joint quelques instructions à ce sujet. — Respectueusement à vous.