—Mon ami, dit Lescande après un moment, je viens te voir bien tard… Je te demande pardon… mais j'ai été moi-même si malheureux!… Tu vois, je suis en deuil…

Camors sentit un frisson traverser ses os.

—En deuil! dit-il, comment?

—Juliette est morte, dit Lescande.

Et il cacha ses yeux sous sa large main.

—Mon Dieu! dit Camors d'une voix sourde.

Il écouta un moment Lescande qui sanglotait. Il fit un mouvement pour lui prendre la main, et n'osa pas.

—Est-ce possible! reprit-il.

—Cela est arrivé si vite, dit Lescande, que cela me paraît un rêve… un rêve affreux… Tu sais, la dernière fois que tu es venu, elle souffrait… je te l'avais dit, je m'en souviens… Elle avait pleuré toute la journée… pauvre enfant! Le lendemain, quand je suis revenu, elle a été prise… Une congestion aux poumons… à la tête aussi… est-ce que je sais? enfin, elle est morte… que veux-tu!… et si bonne, si aimante jusqu'au dernier instant, mon ami!… Une demi-heure avant, elle m'a appelé… elle m'a dit: «Oh! je t'aimais tant! je t'aimais tant! je n'aimais que toi… vraiment que toi! Pardonne-moi!… pardonne-moi!…» Lui pardonner… quoi, mon Dieu? De mourir probablement!… car jamais elle ne m'avait fait un autre chagrin au monde… avant celui-là! Ô Dieu de bonté!

—Je t'en prie, mon ami…