Nous devons renouveler l’hommage respectueux de notre amour au père tendre, au monarque citoyen qui met toute sa gloire et son bonheur dans celui de ses peuples.
Pour mettre le dernier sceau à nos engagements sacrés, appelons sur nous la protection toute-puissante du Dieu de paix, que des cœurs purs invoquent avec confiance pour le soutien d’une si sainte et si juste cause.
Et puisque l’Éternel l’a naturellement gravé dans le cœur de tous les hommes, puissent les Français ne jamais perdre de vue la sublimité de leur constitution, la considérer comme un dogme national, et y demeurer toujours fidèles! Ce sont les vœux ardents de mon cœur au nom de la liberté, pour laquelle il serait beau de mourir et sans laquelle il serait affreux de vivre.
En même temps que se tenait l’assemblée française, six cent cinquante Anglais se réunissaient sous les auspices et la présidence de lord Stanhope pour célébrer de leur côté le glorieux anniversaire et émettre «le vœu d’une alliance éternelle entre les nations anglaise et française pour assurer à toujours la paix, la liberté et le bonheur du monde entier».
D’Éon, retenu au milieu de ses compatriotes, n’assistait pas au meeting anglais; mais il y avait envoyé un présent dont l’arrivée suscita le plus ardent enthousiasme: «une pierre de la Bastille faisant partie du cintre d’une des principales portes de ce château, qui a essuyé le feu de la mousqueterie de nos braves Parisiens[266].»
Dès le lendemain, il recevait les remerciements émus de lord Stanhope:
Mansfield Street, 15 juillet 1790.
Madame,
J’ai bien des grâces à vous rendre pour votre présent précieux et pour la lettre obligeante que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire.
Nous nous sommes assemblés hier au nombre de six cent cinquante-deux amis des droits imprescriptibles des hommes pour célébrer la victoire éclatante que la Liberté vient de remporter en France sur le Despotisme et la Tyrannie. Nous avons exprimé par une résolution unanime le désir qui nous anime, depuis votre glorieuse Révolution, de nous lier avec la France. Rien ne nous manquait hier qu’une pierre de la Bastille; nous avons senti ce qui nous manquait lorsque nous eûmes le plaisir de la recevoir de votre part et notre satisfaction a été sensiblement augmentée de l’avoir reçue d’une personne si renommée dans l’histoire.