«D’Éon a écrit plusieurs lettres fort singulières; c’est apparemment son caractère de ministre plénipotentiaire qui lui a tourné la tête. En conséquence, M. de Praslin m’a proposé de le faire venir ici pour juger ce qui en est. Prenez garde à tout ce qu’il a du secret, et s’il est fol, qu’il ne découvre quelque chose.»—L’autre, du 12 octobre 1763: «Vous verrez par ma lettre d’hier que je savais le rappel du sieur d’Éon. A son arrivée à Paris vous le verrez et je vous autorise à prendre avec lui toutes les précautions pour que le secret soit gardé.» (Archives nationales.—Boutaric, Correspondance secrète, t. I, p. 299.)
[58] D’Éon raconte dans ses Mémoires qu’il aurait reçu avant l’arrivée de M. de Guerchy une lettre autographe du roi ainsi conçue:
«Vous m’avez servi aussi utilement sous les habits de femme que sous ceux que vous portez actuellement; reprenez-les de suite et retirez-vous dans la Cité. Je vous préviens que le roi a signé aujourd’hui mais seulement de la griffe, et non de sa main, l’ordre de vous faire rentrer en France; mais je vous ordonne de rester en Angleterre avec tous vos papiers, jusqu’à ce que je vous fasse parvenir mes instructions ultérieures; vous n’êtes pas en sûreté dans votre hôtel et vous trouveriez ici de puissants ennemis.
«Louis.»
Le duc de Broglie (Le Secret du roi, t. II, p. 52) a très judicieusement discuté l’authenticité de ce document reproduit par Boutaric, à la suite de Gaillardet. D’Éon, qui a souvent glissé des interpolations dans les textes qu’il publiait, a certainement forgé de toutes pièces cette dépêche à un moment où il devait chercher à rendre vraisemblable sa métamorphose et à trouver des excuses à sa conduite passée. Mme Campan, dans ses Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette (p. 190), fait bien allusion à ce prétendu document; mais elle rapporte seulement que d’Éon en avait révélé l’existence à son père, M. Genet, premier commis des Affaires étrangères.
[59] D’Éon reçut en effet, le 25 octobre, le billet suivant:
«Milord Halifax fait bien ses compliments à M. le chevalier d’Éon et a l’honneur de lui faire savoir qu’à cause de quelques affaires qui sont survenues, il sera plus de la convenance du Roi de donner à M. d’Éon son audience demain mercredi que vendredi prochain.
«A Saint-James, le 25 octobre 1763.»
(Papiers inédits de d’Éon.)
[60] Les journaux qui parlèrent le surlendemain à mots couverts de cet incident racontent même qu’on envoya chercher un détachement de la garde: