La bonne femme, qui n’était pas une observatrice, fut prise à cette supercherie. Elle dit joyeusement :

— Ah ! mes poules sont guéries !…

— Pas du tout !… protestai-je. Elles ne sont pas du tout guéries… Regardez-les bien… Elles font semblant de manger, dans le but d’éviter vos soins qui les embêtent.

— Tu es fou ! Des poules !

— Mais regardez-les !…

— C’est ma foi vrai ! s’écria la bonne femme. Ah ! les garces !

Et depuis ce jour, je n’ai pu, sans pleurer, voir un poulet à la broche… Est-il possible que l’homme ose se nourrir avec de l’intelligence, de la volonté, du caprice, de l’ironie, et toutes ces choses délicieuses qui sont dans l’âme des bêtes !…

Quant à Bijou, je ne le gardai pas longtemps… Il mourut, par une triste nuit, entre mes bras ; il mourut pour, en fouillant dans les ordures de la rue, avoir avalé un morceau de verre.

Son agonie fut quelque chose d’horrible. Dans mes bras, il avait des plaintes, comme un petit enfant, et il me regardait, avec des supplications si douloureuses, que je pleurais à chaudes larmes, en criant :

— Bijou ! Bijou ! ne meurs pas… Tu me fais trop de peine… Ou si tu meurs, ne me regarde pas ainsi !… Bijou ! Bijou ! mon pauvre Bijou !…