L’illustre Écrivain. — Eh bien ! je pense à faire une collection de cravates. Mais une collection psychologique !… Tu comprends ! Imagine-toi des vitrines… anglaises… Dans ces vitrines, des étiquettes, de jolies étiquettes, où seraient énumérés tous les différents états d’âme par où peut passer un homme sensible, instruit et lettré… Et au-dessous de ces étiquettes, des cravates, des cravates… correspondant, par leurs formes et leurs nuances, à toutes les formes et à toutes les nuances de ces états d’âme !… Comme ce serait nouveau, passionnant, vulgarisateur !… Et vois-tu le catalogue de cette collection illustré par Jacques-Émile Blanche ?…
Le Valet de chambre. — Je vois très bien cela !
L’illustre Écrivain. — Et que dirais-tu d’un gros bouquin, d’un bouquin de science pure et de pure philosophie, que j’intitulerais : La Psychologie de la cravate moderne ?… Car j’en ai assez du roman…
Le Valet de chambre. — Monsieur a raison… Le roman, c’est du battage !… (L’illustre écrivain est maintenant habillé et Joseph tourne autour de son maître en vaporisant sur la jaquette un parfum discret.) Que monsieur aille déjeuner, tranquillement… Je vais réfléchir à tout cela !…
III
Le cabinet de l’illustre écrivain… Meubles anglais… toujours. L’illustre écrivain, en élégante tenue de chambre, arpente la pièce, très recueilli, très grave. Joseph est assis devant un bureau, la plume à la main.
L’illustre Écrivain. — Où en étions-nous ?… Ah ! oui… (Dictant)… « La table resplendissait »…
Le Valet de chambre, écrivant. — « Res…plen…dissait. » (Il pose la plume.) Je ferai remarquer à Monsieur que, dix lignes plus haut, nous avons… déjà… un… « resplendissait »…
L’illustre Écrivain. — Tu es sûr ?…
Le Valet de chambre. — Monsieur ne se souvient plus ?… Nous avons… « les épaules de la marquise resplendissaient »…