Le mari revient une seconde fois… Le prêtre n’a pas vu les dames dans la journée. Mais il sait que la femme de chambre a porté des fleurs à l’église pour la fête du lendemain.

— Je ne vois qu’une chose à faire, me dit la dame… Acceptez un lit chez nous pour cette nuit.

Confuse, et, en même temps, touchée de cette hospitalité spontanée, si simplement offerte, je murmure :

— Mais, madame, vous ne savez même pas qui je suis… Je pourrais être une voleuse !

— Nous n’avons pas peur !… répond la femme.

Et elle ajoute :

— On n’a pas besoin de savoir le nom d’une personne dans l’embarras et dans la peine. Il suffit de savoir qu’elle est dans la peine, pour être juste envers elle !

— Allons, dis-je, j’accepte. C’est un véritable conte de Noël en action !

Et ma voisine, s’étant tue quelques secondes, me dit :

— Oui, monsieur, j’aime les Anglais, parce qu’il me semble que leur justice, en tant qu’individus, va aux humbles, aux petits. Ils n’aiment pas voir la souffrance. Et les tribunaux anglais sont admirables en ceci, que les bêtes y ont droit à une justice. Les oiseaux sont respectés comme les personnes ; on entoure de soins les vieux arbres, aussi pieusement que s’ils étaient des vieillards qui ont travaillé au bien du pays. Alors, pourquoi me jette-t-on à la face cette insulte dérisoire : « Anglaise !… va donc, hé !… Anglaise ! » quand il m’arrive de plaindre un pauvre cheval qu’on roue de coups, ou un chien abandonné, qu’on bat sans raison, dans la rue ?… Pourquoi ?