—Faudra-t-il vous porter votre bol de lait, monsieur Jean?

—Comme vous voudrez!

Et, la porte refermée, je m'abattis dans un fauteuil, et longtemps, longtemps, je sanglotai.

Le lendemain je me levai dès l'aube.... Le Prieuré n'avait pas changé; il y avait seulement un peu plus d'herbes dans les allées, de mousse sur le perron, et quelques arbres étaient morts. Je revis la grille, les pelouses teigneuses, les sorbiers chétifs, les marronniers vénérables; je revis le bassin où baignaient les arums, où le petit chat avait été tué, le rideau de sapins qui cachait les communs, l'étude abandonnée; je revis le parc, ses arbres tordus et ses bancs de pierre pareils à de vieilles tombes.... Dans le potager, Félix binait une plate-bande.... Ah! comme il était cassé, le pauvre homme!

Il me montra une épine blanche, et me dit:

—C'est là que vous veniez avec défunt vot' pauv' père, pour guetter le merle.... Vous rappelez-vous ben, monsieur Jean?

—Oui, oui, Félix.

—Et pis la grive, itou, dame!

—Oui, oui, Félix ...

Je m'éloignai. Je ne pouvais supporter la vue de ce vieillard, qui pensait mourir au Prieuré, et que j'allais chasser, et qui s'en irait où?... Il nous avait servis avec fidélité, il était presque de la famille, pauvre, incapable de gagner sa vie désormais.... Et j'allais le chasser!... Ah! comment ai-je fait cela?