Et des corps nus, des corps enlacés, des bras tatoués, chargés d'anneaux d'or, des ventres, des seins tournaient parmi de légères écharpes envolées… Et dans tout cela, autour de tout cela, au-dessus de tout cela, des cris, des rires, des chants, des sons de flûte, et des odeurs de thé, de bois précieux, des arômes puissants d'opium, des haleines lourdes de parfums…
Griserie de rêve, de débauche, de supplice et de crime, on eût dit que toutes ces bouches, toutes ces mains, tous ces seins, toute cette chair vivante, allaient se ruer sur Clara, pour jouir de sa chair morte!…
Je ne pouvais faire un geste, ni prononcer une parole… Près de moi, une Chinoise, toute jeune et jolie, presque une enfant, avec des yeux candides et lascifs à la fois, promenait sur un éventaire des objets étrangement obscènes, d'impudiques ivoires, des phallus en gomme rose et des livres enluminés où étaient reproduites, par le pinceau, les mille joies compliquées de l'amour…
—De l'amour!… de l'amour!… qui veut de l'amour?… J'ai de l'amour pour tout le monde!…
Pourtant, je me penchai sur Clara…
—Il faut la porter chez moi… commanda la Chinoise aux yeux peints.
Deux hommes robustes soulevèrent le brancard… Machinalement je les suivis…
Guidés par la courtisane, ils s'engagèrent dans un vaste couloir, somptueux comme un temple. À droite et à gauche, des portes s'ouvraient sur de grandes chambres, toutes tendues de nattes, éclairées de lumières roses très douces et voilées de mousselines… Des animaux symboliques, dardant des sexes énormes et terribles, des divinités bisexuées, se prostituant à elles-mêmes ou chevauchant des monstres en rut, en gardaient le seuil. Et des parfums brûlaient en de précieux vases de bronze…
Une portière de soie brodée de fleurs de pêcher s'écarta, et dans l'écartement deux têtes de femme se montrèrent… L'une de ces femmes demanda, en nous regardant passer:
—Qu'est-ce qui est mort?