—Prenez ça, Mary... prenez tout ça... Vous verrez, il y a des points à refaire, des arrangements, de petits raccommodages... Vous les ferez... Prenez tout ça... il y a un peu de tout... il y a de quoi vous monter une jolie garde-robe, un trousseau convenable... Prenez tout ça...

Il y avait de tout, en effet... des corsets de soie, des bas de soie, des chemises de soie et de fine batiste, des amours de pantalons, de délicieuses gorgerettes... des jupons fanfreluches... Une odeur forte, une odeur de peau d'Espagne, de frangipane, de femme soignée, une odeur d'amour enfin se levait de ces chiffons amoncelés dont les couleurs tendres, effacées ou violentes chatoyaient sur le tapis comme une corbeille de fleurs dans un jardin. Je n'en revenais pas... je demeurais toute bête, contente et gênée à la fois, devant ces tas d'étoffes roses, mauves, jaunes, rouges où restaient encore des bouts de ruban aux tons plus vifs, des morceaux de dentelles délicates... Et Madame remuait ces défroques toujours jolies, ces dessous à peine passés, me les montrait, me les choisissait, en me faisant des recommandations, en m'indiquant ses préférences.

—J'aime que les femmes qui me servent soient coquettes, élégantes... qu'elles sentent bon. Vous êtes brune... voici un jupon rouge qui vous ira à merveille... D'ailleurs, tout vous ira très bien. Prenez tout...

J'étais dans un état de stupéfaction profonde... Je ne savais que faire... je ne savais que dire. Machinalement, je répétais:

—Merci, Madame... Que Madame est bonne!... Merci, Madame...

Mais Madame ne laissait pas à mes réflexions le temps de se préciser... Elle parlait, parlait, tour à tour familière, impudique, maternelle, maquerelle, et si étrange!

—C'est comme la propreté, Mary... les soins du corps... les toilettes secrètes. Oh! j'y tiens, par-dessus tout... Sur ce chapitre, je suis exigeante... exigeante... jusqu'à la manie.

Elle entra dans des détails intimes, insistant toujours sur ce mot «convenable», qui revenait sans cesse sur ses lèvres à propos de choses qui ne l'étaient guère... du moins, il me le semblait. Comme nous terminions le tri des chiffons, elle me dit:

—Une femme... n'importe quelle femme, doit être toujours bien tenue... Du reste, Mary, vous ferez comme je fais: c'est un point capital... Vous prendrez un bain, demain... je vous indiquerai...

Ensuite, Madame me montra sa chambre, ses armoires, ses penderies, la place de chaque chose, me mit au courant du service, avec des réflexions qui me paraissaient drôles et pas naturelles..